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    26Jan2010
    Salaire des patrons : vers le populisme ?

    Admin VSC

    La rémunération des patrons est un sujet d’actualité, elle intéresse les media, les relais d’opinion et probablement l’opinion publique, au moins dans ce qu’elle peut avoir de choquant. Ce sujet est soumis à la règle de la transparence, ainsi les rémunérations non avouées sont… non pardonnées. Et quand bien même. Celles affichées deviennent des fautes et leurs bénéficiaires des coupables !

    La critique des rémunérations des « traders » n’avait de sens que si nous avions été en mesure justement de redonner du sens à la valeur du travail et à l’intérêt collectif. Car en effet, il y a des abus, il y a des situations injustifiables, il y a des « inversions de valeur », il y a de la cupidité personnelle dans certain cas. Mais, aujourd’hui la critique est excessive, car elle cherche à faire expier dans son ensemble la « classe » des patrons.

    La polémique de la rémunération d’Henri Proglio lancée par les relais d’opinion, les décideurs et les media révèle bien les mécanismes de construction par ces élites de la doxa qui domine notre pays dépressif. Il y a de la part des élites un jeu complexe et dangereux visant à se nourrir, à ingérer et donc à produire une forme de populisme dont les caractéristiques sont le simplisme, la dénonciation d’une caste et l’agitation des foules autour du parfum de scandale… La préoccupation quotidienne des Français n’est pas du tout de savoir combien gagne tel ou tel chef d’entreprise ou telle ou telle personnalité. Sauf lorsqu’on leur jette en pâture un montant très important, il indigne et crée la polémique. On notera au passage que seul le montant brut de la rémunération est annoncé alors même que tous les salariés de France raisonnent en net et pour les hauts salaires en net d’impôt !

    Au-delà de savoir si Henri Proglio mérite 2 millions ou 1,6 millions €, il faut s’interroger sur les raisons pour lesquelles les relais d’opinion s’emparent et donnent une telle ampleur à ce type d’information. D’abord, parce que la passion française de l’égalitarisme est plus que jamais vivace. Ensuite, parce que les élites tentent d’anticiper ce que l’opinion pourrait penser afin d’être assurément bien en phase avec le plus grand nombre. Enfin, elles ne sont plus en mesure d’éclairer, d’apporter une explication ou une vision sur les grands sujets d’avenir de notre société. A leur décharge, les élites intègrent un état de fait et elles anticipent les tendances, d’autant mieux qu’elles sont par nature plus « globales » ou plus « mondiales ». Or, les élites savent que le Français s’appauvrit. D’année en année, la richesse se crée plus vite dans le monde qu’en France, avec une économie mondiale dont la croissance annuelle avoisine les 4%, la France elle ne croît que de 2%. Dans une France de petite classe moyenne à l’avenir sombre, les hauts salaires deviennent insupportables.

    Entre un constat désabusé et une incapacité à faire la pédagogie nécessaire, ou mieux, à s’attaquer aux racines du mal les élites trouvent plus facile et commode de s’en prendre à un chef d’entreprise, un patron, qu’à un saltimbanque (qu’il soit musicien, animateur télé ou acteur de série vaseuse ou de cinéma) ou à un dieu du stade ! On parle tous les jours de la « folie du poker », mais qui s’étonne que de jeunes professionnels aient des revenus dignes de grands patrons en jouant à des parties de cartes ! Avons-nous déjà entendu quelqu’un réclamer au gagnant du « gros lot » du loto de reverser ses gains à des associations caritatives sous prétexte qu’il avait trop de chance. C’est sur ce point de non légitimité de la rémunération d’un patron que réside la gravité de cette polémique : faire croire qu’il y a une déconnexion provoquant une irréelle indécence. En d’autres termes, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis ! A force de faire le lit du populisme, il ne faudra pas s’étonner…

    Les premiers à s’acharner contre Henri Proglio ont-ils bien une rémunération à la hauteur de leur mérite, de leur création de valeur, de leur utilité pour la société ? Leur propre rémunération ne créerait-elle pas un petit malaise dans l’opinion publique si d’aventure elle était connue ? Les élites font semblant d’oublier que dans l’échelle des rémunérations des « gens d’en haut », dont ils font partis, le salaire d’Henri Proglio est certes dans les échelons les plus hauts, mais il s’inscrit dans une progressivité, il n’est pas déconnecté de la réalité des classes dirigeantes. Seulement, reconnaître cet état de fait revient à constater que les écarts sont de plus en plus importants entre une élite « globalisée » et la classe moyenne ; cela revient à admettre un déclassement ; en clair, un appauvrissement général.

    Les élites ne jouent plus leur rôle de légitimation et d’explication. C’est vrai des grands enjeux (les conséquences de la crise financière, la compétition internationale, les raisons de la faible croissance,…). C’est vrai aussi sur la rémunération d’un patron. Il est pourtant aisé, sur le plan économique et social, de faire la différence entre un trader et un grand capitaine d’industrie ! Ne peut-on pas expliquer à une opinion publique intelligente et de bon sens, qu’il est préférable de bien rémunérer un chef d’entreprise qu’un joueur de ballon ? L’opinion publique peut comprendre que diriger une très grande entreprise est d’une complexité insoupçonnable, que cela suppose un sens des responsabilités dont l’immense majorité s’affranchit de plus en plus, qu’il faut une mobilisation permanente et donc travailler 35 h en deux jours et non pas en une semaine.

    On aurait aimé que les relais d’opinion aient plus de considération pour une opinion publique en mesure de comprendre, pour peu qu’on lui explique ! Mais les dénonciations se concentrent sur des cibles faciles, pour mieux éviter de faire les douloureux constats qui concernent chacun. Malheureusement, le choix de la facilité est toujours le plus mauvais.

    26Jan2010
    Salaire des patrons : vers le populisme ?

    Admin VSC

    La rémunération des patrons est un sujet d’actualité, elle intéresse les media, les relais d’opinion et probablement l’opinion publique, au moins dans ce qu’elle peut avoir de choquant. Ce sujet est soumis à la règle de la transparence, ainsi les rémunérations non avouées sont… non pardonnées. Et quand bien même. Celles affichées deviennent des fautes et leurs bénéficiaires des coupables !

    La critique des rémunérations des « traders » n’avait de sens que si nous avions été en mesure justement de redonner du sens à la valeur du travail et à l’intérêt collectif. Car en effet, il y a des abus, il y a des situations injustifiables, il y a des « inversions de valeur », il y a de la cupidité personnelle dans certain cas. Mais, aujourd’hui la critique est excessive, car elle cherche à faire expier dans son ensemble la « classe » des patrons.

    La polémique de la rémunération d’Henri Proglio lancée par les relais d’opinion, les décideurs et les media révèle bien les mécanismes de construction par ces élites de la doxa qui domine notre pays dépressif. Il y a de la part des élites un jeu complexe et dangereux visant à se nourrir, à ingérer et donc à produire une forme de populisme dont les caractéristiques sont le simplisme, la dénonciation d’une caste et l’agitation des foules autour du parfum de scandale… La préoccupation quotidienne des Français n’est pas du tout de savoir combien gagne tel ou tel chef d’entreprise ou telle ou telle personnalité. Sauf lorsqu’on leur jette en pâture un montant très important, il indigne et crée la polémique. On notera au passage que seul le montant brut de la rémunération est annoncé alors même que tous les salariés de France raisonnent en net et pour les hauts salaires en net d’impôt !

    Au-delà de savoir si Henri Proglio mérite 2 millions ou 1,6 millions €, il faut s’interroger sur les raisons pour lesquelles les relais d’opinion s’emparent et donnent une telle ampleur à ce type d’information. D’abord, parce que la passion française de l’égalitarisme est plus que jamais vivace. Ensuite, parce que les élites tentent d’anticiper ce que l’opinion pourrait penser afin d’être assurément bien en phase avec le plus grand nombre. Enfin, elles ne sont plus en mesure d’éclairer, d’apporter une explication ou une vision sur les grands sujets d’avenir de notre société. A leur décharge, les élites intègrent un état de fait et elles anticipent les tendances, d’autant mieux qu’elles sont par nature plus « globales » ou plus « mondiales ». Or, les élites savent que le Français s’appauvrit. D’année en année, la richesse se crée plus vite dans le monde qu’en France, avec une économie mondiale dont la croissance annuelle avoisine les 4%, la France elle ne croît que de 2%. Dans une France de petite classe moyenne à l’avenir sombre, les hauts salaires deviennent insupportables.

    Entre un constat désabusé et une incapacité à faire la pédagogie nécessaire, ou mieux, à s’attaquer aux racines du mal les élites trouvent plus facile et commode de s’en prendre à un chef d’entreprise, un patron, qu’à un saltimbanque (qu’il soit musicien, animateur télé ou acteur de série vaseuse ou de cinéma) ou à un dieu du stade ! On parle tous les jours de la « folie du poker », mais qui s’étonne que de jeunes professionnels aient des revenus dignes de grands patrons en jouant à des parties de cartes ! Avons-nous déjà entendu quelqu’un réclamer au gagnant du « gros lot » du loto de reverser ses gains à des associations caritatives sous prétexte qu’il avait trop de chance. C’est sur ce point de non légitimité de la rémunération d’un patron que réside la gravité de cette polémique : faire croire qu’il y a une déconnexion provoquant une irréelle indécence. En d’autres termes, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis ! A force de faire le lit du populisme, il ne faudra pas s’étonner…

    Les premiers à s’acharner contre Henri Proglio ont-ils bien une rémunération à la hauteur de leur mérite, de leur création de valeur, de leur utilité pour la société ? Leur propre rémunération ne créerait-elle pas un petit malaise dans l’opinion publique si d’aventure elle était connue ? Les élites font semblant d’oublier que dans l’échelle des rémunérations des « gens d’en haut », dont ils font partis, le salaire d’Henri Proglio est certes dans les échelons les plus hauts, mais il s’inscrit dans une progressivité, il n’est pas déconnecté de la réalité des classes dirigeantes. Seulement, reconnaître cet état de fait revient à constater que les écarts sont de plus en plus importants entre une élite « globalisée » et la classe moyenne ; cela revient à admettre un déclassement ; en clair, un appauvrissement général.

    Les élites ne jouent plus leur rôle de légitimation et d’explication. C’est vrai des grands enjeux (les conséquences de la crise financière, la compétition internationale, les raisons de la faible croissance,…). C’est vrai aussi sur la rémunération d’un patron. Il est pourtant aisé, sur le plan économique et social, de faire la différence entre un trader et un grand capitaine d’industrie ! Ne peut-on pas expliquer à une opinion publique intelligente et de bon sens, qu’il est préférable de bien rémunérer un chef d’entreprise qu’un joueur de ballon ? L’opinion publique peut comprendre que diriger une très grande entreprise est d’une complexité insoupçonnable, que cela suppose un sens des responsabilités dont l’immense majorité s’affranchit de plus en plus, qu’il faut une mobilisation permanente et donc travailler 35 h en deux jours et non pas en une semaine.

    On aurait aimé que les relais d’opinion aient plus de considération pour une opinion publique en mesure de comprendre, pour peu qu’on lui explique ! Mais les dénonciations se concentrent sur des cibles faciles, pour mieux éviter de faire les douloureux constats qui concernent chacun. Malheureusement, le choix de la facilité est toujours le plus mauvais.