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    13Fév2009
    La réputation de la marque Kouchner

    Admin VSC

    Bernard Kouchner est un communicant hors pair ! On n’est pas dans le Top 3 des personnalités politiques préférées des français, et surtout on ne le reste pas depuis des années sans raison. Choix du positionnement des « bons sentiments », professionnel de la mise en scène, orateur brillant, personnalité sympathique, il avait tout bon… jusque récemment, où il nous surprend. Retours sur ses erreurs… de débutant !

    Première « bourde », sa sortie sur le secrétariat d’état aux droits de l’homme, sur le fond : les droits de l’Homme ne sont pas compatibles avec la diplomatie !! (hiatus avec ce qu’il s’évertue de prouver depuis 40 ans) ; et sur la forme : la goujaterie est toujours sanctionnée. Réponse immédiate de l’opinion : Rama Yade lui ravit la première place du classement dans le cœur des Français !

    Deuxième épisode fâcheux : les attaques livrées par Pierre Péan.

    Plus dangereuse pour sa réputation, elles visent à abîmer / décrédibiliser la marque « Kouchner ». Dans cette situation, il y a trois principes clés à respecter : devenir le maître du tempo ; ciseler son argumentation ; jouer les alliés

    Sur le premier point, il a perdu la bataille puisqu’il a été dans une logique de réaction et non d’anticipation. Il a laissé filer les rumeurs sur internet, il a laissé Marianne éditer les bonnes pages et trois jours après tous les media parleront du livre de Pierre Péan. Il court derrière les « révélations » et perd la bataille du temps. Bernard Kouchner a commis une erreur d’une banalité affligeante : ne pas reconnaître / admettre qu’il avait un point faible avec cette histoire de mission de conseil (la question n’est pas de savoir si c’est répréhensible ou pas, nous n’en savons rien, mais de comprendre que cela peut être interprété de manière très défavorable). Or, s’il avait été lucide, il aurait pu anticiper et communiquer en amont sur ce sujet, ce qui est très différent que de devoir faire face à un « scoop ».

    Sur le second point, son argumentation est très faible (et c’est peu que de le dire !). Elle s’appuie essentiellement sur trois points :

    • « Je suis bénévole depuis 40 ans, comment peut-on me reprocher cela ? » Il faudra qu’il nous explique comment il peut alors habiter dans l’une des rues les plus chères de Paris et disposer d’une somptueuse villa dans le parc protégé et ultra chic de Spérone en Corse. Son train de vie n’est pas réellement compatible avec le bénévolat.
    • « Dans cette attaque dont je suis la victime, il y a des relents antisémites très marqués ». C’est un peu « l’ultime-argument-quand-je-n’ai-rien-à-dire » que je trouve dangereux et grave d’utiliser à mauvais escient, mais franchement rien dans le livre ne peut sérieusement accréditer cette affirmation et encore moins dans le parcours de l’auteur !
    • « Tout cela n’est qu’un tissu de mensonges », posture qui expose toujours à devoir progressivement admettre tel ou tel point des « révélations », ce qui est la pire des choses dans une ligne de défense.

    C’est d’autant plus curieux que la ligne de défense de Nicolas Sarkozy lors de son intervention télé du jeudi 5 février était pour le coup d’une grande finesse et d’une grande efficacité.

    Sur le troisième point, « faire jouer les alliés », la marque « Kouchner » en a de très nombreux. Ils sont anciens et puissants et l’effet rempart joue pleinement. Le travail de longue haleine sert formidablement lorsque la marque est attaquée. Cette carte là est essentielle ; elle permet de contre-balancer l’impact des « révélations » ; d’en atténuer l’effet (de nombreux journalistes affirment que le Nouvel Observateur a refusé de publier les bonnes pages du livre de Pierre Péan). Dans le cas présent, la force des alliés, sera la seule raison qui pourra expliquer le maintien de Bernard Kouchner à son poste de ministre, si tel est le cas. Sans ces alliés, le Président de la République ne pourrait pas tenir très longtemps sur sa ligne actuelle, comme son prédécesseur a finalement dû lâcher Hervé Gaymard dont les alliés et soutiens étaient bien faibles.

    Aujourd’hui, le risque est que le livre de Pierre Péan ait ouvert une boîte de pandore et que d’autres « révélations » ne surgissent. C’est généralement l’une des conséquences prévisibles de ce type de crise. Alors est-ce que le ministre continuera de courir derrière ou arrivera-t-il à maîtriser le fond et la forme ?

    13Fév2009
    La réputation de la marque Kouchner

    Admin VSC

    Bernard Kouchner est un communicant hors pair ! On n’est pas dans le Top 3 des personnalités politiques préférées des français, et surtout on ne le reste pas depuis des années sans raison. Choix du positionnement des « bons sentiments », professionnel de la mise en scène, orateur brillant, personnalité sympathique, il avait tout bon… jusque récemment, où il nous surprend. Retours sur ses erreurs… de débutant !

    Première « bourde », sa sortie sur le secrétariat d’état aux droits de l’homme, sur le fond : les droits de l’Homme ne sont pas compatibles avec la diplomatie !! (hiatus avec ce qu’il s’évertue de prouver depuis 40 ans) ; et sur la forme : la goujaterie est toujours sanctionnée. Réponse immédiate de l’opinion : Rama Yade lui ravit la première place du classement dans le cœur des Français !

    Deuxième épisode fâcheux : les attaques livrées par Pierre Péan.

    Plus dangereuse pour sa réputation, elles visent à abîmer / décrédibiliser la marque « Kouchner ». Dans cette situation, il y a trois principes clés à respecter : devenir le maître du tempo ; ciseler son argumentation ; jouer les alliés

    Sur le premier point, il a perdu la bataille puisqu’il a été dans une logique de réaction et non d’anticipation. Il a laissé filer les rumeurs sur internet, il a laissé Marianne éditer les bonnes pages et trois jours après tous les media parleront du livre de Pierre Péan. Il court derrière les « révélations » et perd la bataille du temps. Bernard Kouchner a commis une erreur d’une banalité affligeante : ne pas reconnaître / admettre qu’il avait un point faible avec cette histoire de mission de conseil (la question n’est pas de savoir si c’est répréhensible ou pas, nous n’en savons rien, mais de comprendre que cela peut être interprété de manière très défavorable). Or, s’il avait été lucide, il aurait pu anticiper et communiquer en amont sur ce sujet, ce qui est très différent que de devoir faire face à un « scoop ».

    Sur le second point, son argumentation est très faible (et c’est peu que de le dire !). Elle s’appuie essentiellement sur trois points :

    • « Je suis bénévole depuis 40 ans, comment peut-on me reprocher cela ? » Il faudra qu’il nous explique comment il peut alors habiter dans l’une des rues les plus chères de Paris et disposer d’une somptueuse villa dans le parc protégé et ultra chic de Spérone en Corse. Son train de vie n’est pas réellement compatible avec le bénévolat.
    • « Dans cette attaque dont je suis la victime, il y a des relents antisémites très marqués ». C’est un peu « l’ultime-argument-quand-je-n’ai-rien-à-dire » que je trouve dangereux et grave d’utiliser à mauvais escient, mais franchement rien dans le livre ne peut sérieusement accréditer cette affirmation et encore moins dans le parcours de l’auteur !
    • « Tout cela n’est qu’un tissu de mensonges », posture qui expose toujours à devoir progressivement admettre tel ou tel point des « révélations », ce qui est la pire des choses dans une ligne de défense.

    C’est d’autant plus curieux que la ligne de défense de Nicolas Sarkozy lors de son intervention télé du jeudi 5 février était pour le coup d’une grande finesse et d’une grande efficacité.

    Sur le troisième point, « faire jouer les alliés », la marque « Kouchner » en a de très nombreux. Ils sont anciens et puissants et l’effet rempart joue pleinement. Le travail de longue haleine sert formidablement lorsque la marque est attaquée. Cette carte là est essentielle ; elle permet de contre-balancer l’impact des « révélations » ; d’en atténuer l’effet (de nombreux journalistes affirment que le Nouvel Observateur a refusé de publier les bonnes pages du livre de Pierre Péan). Dans le cas présent, la force des alliés, sera la seule raison qui pourra expliquer le maintien de Bernard Kouchner à son poste de ministre, si tel est le cas. Sans ces alliés, le Président de la République ne pourrait pas tenir très longtemps sur sa ligne actuelle, comme son prédécesseur a finalement dû lâcher Hervé Gaymard dont les alliés et soutiens étaient bien faibles.

    Aujourd’hui, le risque est que le livre de Pierre Péan ait ouvert une boîte de pandore et que d’autres « révélations » ne surgissent. C’est généralement l’une des conséquences prévisibles de ce type de crise. Alors est-ce que le ministre continuera de courir derrière ou arrivera-t-il à maîtriser le fond et la forme ?