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    25Juin2018
    Small Caps, BCE, Chanel… Trois questions à Éric Lewin sur la communication financière, par Florian Ridard

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    Expert des Small et Mid Caps après plus de dix ans en banque d’affaires dans ce secteur, Éric Lewin est rédacteur en chef des Publications Agora. Propos recueillis par Florian Ridard, consultant chez Vae Solis Corporate.

    Photos : DR

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    Vae Solis Corporate : Vous qui accompagnez des small et mid Caps dans leur développement, ne pensez-vous pas que la communication financière de ces entreprises est gage de transparence pour les investisseurs ? N’est-elle pas une condition de réussite pour une bonne levée de fonds ?

    Éric Lewin : En réalité, la communication financière est une donnée particulièrement importante dans la vie boursière d’une entreprise. Elle est scrutée à la loupe, et sans doute plus du côté des small et mid caps, ou toute erreur peut être fatale. Les sociétés sont souvent assez méconnues, suivies par peu d’analystes, et se doivent de communiquer le mieux possible pour convaincre des investisseurs.

    Il faut bien comprendre que lors des levées de fonds ou lors d’une IPO (Initial Public Offering), les gérants rencontrent les dirigeants des sociétés et les scrutent non seulement sur leur business plan, mais également sur la façon dont ils mettent en scène leur stratégie. Les dirigeants se doivent d’être précis et convaincants. C’est une évolution que l’on rencontre moins dans le monde des big caps, par exemple pour les sociétés cotées du CAC 40, ou les erreurs de communication sont extrêmement rares. Les dirigeants sont généralement entourés d’une cohorte de communicants, ou la moindre phrase est pesée, soupesée… rendant l’erreur quasi impossible.

    Vae Solis Corporate : Jerome Powell, patron de la FED, et Mario Draghi, président de la BCE, ont radicalement changé la stratégie de communication de leurs institutions respectives. Pourquoi et comment l’expliquez-vous ?

    Éric Lewin : Il faut à tout prix ne pas être un market mover pour les dirigeants des banques centrales. Certes, une réunion de banque centrale peut avoir un impact sur les marchés, comme on a pu le voir avec la dernière réunion de la BCE du mois de juin. Mais en aucun cas les propos de ses dirigeants ne doivent avoir d’influence sur les marchés : le but est d’induire le moins de volatilité possible, allant ainsi à l’encontre de ce qu’on a pu voir dans le passé.

    Par exemple, Jean Claude Trichet, le prédécesseur de Mario Draghi, s’en tenait au fameux « We never precommit », c’est à dire « nous ne nous engageons jamais à l’avance », refusant ainsi d’avoir les mains liées, quitte à voir les critiques affluer sur sa retenue.

    Mario Draghi fait le contraire. Il n’hésite pas à s’engager, par exemple lorsqu’il promet une longue période de taux bas. Il s’est ainsi fait l’apôtre d’une communication claire durant tout son mandat, qui se clôturera l’an prochain.

    Vae Solis Corporate : Chanel vient de rendre public ses résultats financiers pour la première fois de son histoire. Est-ce les prémices d’une introduction en Bourse, la volonté d’éviter une nouvelle polémique liée aux dividendes, ou le souhait de montrer les muscles face à ses concurrents ?

    Éric Lewin : L’attitude de Chanel est assez stupéfiante dans la mesure où elle habituait la presse financière à un silence total. Le fait de ne pas être côté permet en effet de s’affranchir de toute communication financière. Mais je pense que le groupe a également voulu montrer aux investisseurs qu’il était un groupe puissant. Avec 8,6 milliards de chiffre d’affaires, il devance ainsi les 6,2 milliards de Gucci ou encore les 5,5 milliards d’Hermès. Et avec une marge opérationnelle de l’ordre de 28%, Chanel est tout simplement dans le peloton de tête des groupes de luxe en termes de rentabilité. Pour ma part, je pense que c’est un premier effet d’annonce sans suite boursière pour le moment. Mais Chanel se devait de réagir après l’entrée d’Hermès au CAC40. Cela donne une pondération au luxe de plus de 15%. D’ailleurs, si Chanel entrait en Bourse, nul doute qu’elle aurait une capitalisation importante, non loin des 55 milliards d’Hermès ou des 60 milliards de Kering. Mais il est difficile de parler à la place des frères Wertheimer. Peut-être se disent-ils qu’il serait logique de venir un jour ou l’autre dans le sérail boursier. D’autant qu’aujourd’hui, tous les segments du luxe brillent de mille feux en Bourse et ne cessent d’attirer les investisseurs.

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