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    09oct2017
    Emojis : enrichissement de la communication ou paupérisation du langage ? par Florian Ridard et Adrien Loriller

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    Populaires auprès des jeunes et en particulier des Millenials, les émojis -ou émoticônes- ont investi notre jargon numérique né du langage SMS des années 2000. Au-delà de la personnalisation du message, ils sont devenus un véritable langage, compris et utilisé par des utilisateurs toujours plus nombreux : entreprises, associations, ONG, personnalités… Mais peut-on aller jusqu’à dire que l’émoji est devenu un nouveau registre de communication ?

    Par Florian Ridard et Adrien Loriller, Consultants Vae Solis Corporate

    Une démocratisation fulgurante

    Créés à la fin des années 90 par l’opérateur télécom japonais NTT Docomo, les émojis ont été conçus pour rendre nos échanges numériques plus conviviaux et plus simples. Ce terme, né de la fusion des deux mots japonais « e » pour image et « moji » pour lettre, ne deviendra pourtant populaire qu’en octobre 2011, lorsque Apple les intègre au clavier des iPhones 5, suivie par Android en juillet 2013.

    Sélectionnés et régulés par Consortium Unicode, une association à but non lucratif, les émojis sont utilisés par plus de 80% des Français [1]. En janvier 2014, une enquête d’eMarketer estimait à 6 milliards le nombre d’émojis et de stickers partagés chaque jour sur les smartphones du monde entier, via 41,5 milliards de messages [2]. Si ces symboles font partie intégrante de nos modes de communication, leur essor a en réalité bien été aidé par l’échange de SMS et la popularisation du chat. Selon Pierre Halté, docteur en sciences du langage à l’Université Paris-Est Créteil, les émojis permettent donc « de jouer à l’écrit le rôle que les gestes et mimiques faciales jouent à l’oral [3] ».

    L’appauvrissement du langage : entre utopie et incompréhension du phénomène

    Les émojis concentrent un nombre important de critiques. Certains estiment que leur développement illustre la paupérisation de notre langage et atteste du faible vocabulaire de la jeune génération. Il semble pourtant que les émojis ne remplacent pas des mots, mais qu’ils retranscrivent des intonations et des gestes – impossibles à reproduire à l’oral. La linguiste Gretchen McCulloch concède que les émoticônes parviennent parfois à dépasser l’objet qu’elles représentent [4]. Elles ne seraient en aucun cas un langage à part entière, car elles sont utilisées comme véritables compléments au langage permettant de donner une profondeur à un message, lui transmettre des émotions. Pierre Halté ajoute : « L’émoticône ne remplace pas une verbalisation possible, elle remplace un geste susceptible d’accompagner un énoncé verbal pour le nuancer ».

    L’entreprise et les émojis

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    Au regard de la place de plus en plus importante prise par les émojis dans les différents types de communication actuels, les entreprises et plus particulièrement les grandes marques semblent rentrer dans la dynamique. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou lors de campagnes publicitaires, elles font l’effort de se singulariser avec ce nouvel outil de communication, devenu un véritable levier d’opportunités, notamment commerciales. Les campagnes publicitaires concentrent à ce titre une augmentation de l’utilisation des émojis de 777% [5] depuis 2015 !

    D’ailleurs, il est intéressant de noter que bon nombre d’organisations ont d’ores et déjà franchi le pas : Domino’s Pizza, qui a mis en place un système de commande automatique de pizza via l’émoji, General Electric reprenant la classification périodique des éléments en émoji [6], l’ONG suédoise BRIS et ses « Abused Emojis » (« émojis victimes de violence ») pour aider les enfants et les adolescents à communiquer sur des situations de mauvais traitements [7], ou encore WWF et sa campagne Twitter #EndangeredEmoji pour sauver 17 espèces en voie d’extinction.

    Si le phénomène est d’abord au service du marketing et de la communication, il s’inscrit cependant dans une tendance de fond, à savoir la mutation de nos codes de communication. Et nul doute que d’ici les prochains mois, de nombreuses marques internationales ou personnalités auront fait évoluer leurs modes de communication afin d’apprivoiser ce phénomène et de capter l’audience qu’il suscite. Même nos administrations les plus sérieuses ont, à l’instar des ministères de Bercy, déjà intégré ce code. C’est dire si la tendance se généralise…

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