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    08août2017
    Les droits de la défense… médiatique, nouvelle condition du procès équitable, par Guillaume Didier

    blog_VSC

    Intenter une action en justice lorsqu’on s’estime victime des agissements d’une entreprise ou d’une personnalité est un droit incontestable. Médiatiser son combat judiciaire, mobiliser la presse et les réseaux sociaux est un choix qui doit être respecté. S’il ne vient plus à l’idée de quiconque de contester le droit de la personne ainsi mise en cause judiciairement d’être assistée par un avocat, le recours à un communicant de crise suscite encore des interrogations, voire certaines suspicions.

    Photo : Lionel Bonaventure / AFP

    Pourtant, lorsque l’on fait malgré soi la une de l’actualité judiciaire, se faire accompagner d’un spécialiste de la communication est désormais une preuve de responsabilité, pas simplement dans son propre intérêt mais aussi dans celui de l’institution que l’on représente. Désormais, le verdict de l’opinion publique est très souvent rendu – sans les garanties du procès équitable et sans appel – dans les tout premiers temps de la crise. Le tribunal de la rue sera passé à une autre actualité lorsque la justice judicaire viendra, le cas échéant, absoudre le suspect. Ainsi, face à une crise médiatique d’ampleur, aucune personnalité, aucune institution, aucune entreprise ne peut plus raisonnablement faire face seule et s’abstenir de définir et décliner une stratégie de communication au service de la stratégie judiciaire mise en oeuvre par ses avocats.

    Un bon communicant de crise est un communicant discret… mais pas occulte

    Bien évidemment, on reconnaît un bon communicant de crise à sa capacité à délivrer ses conseils et faire profiter ses clients de son expertise dans la plus grande discrétion. Il arrive pourtant, à l’occasion de crises fortement médiatisées, que les journalistes prennent comme une information digne d’être portée à la connaissance du public le fait qu’une personnalité ou une entreprise se fasse accompagner, aux côtés de ses avocats, par un conseil en communication. Le conseiller en communication devient alors lui-même un sujet d’information, d’interrogation, voire de fantasme. Dans certains cas, ce sont ceux-là mêmes qui ont déposé plainte et médiatisé leur action qui font mine de s’indigner que leur adversaire ne cherche à répondre aux centaines de sollicitations médiatiques induites par leur propre stratégie offensive. Dans le cadre de crises qui ont fait la une de l’actualité nationale et internationale, Vae Solis a été amené à être interrogé par des journalistes sur la nature et la portée de son accompagnement au bénéfice de ses clients.[1] Quelle attitude adopter pour le conseil en communication devenu lui-même sujet de communication ? Se murer dans le silence ou faire preuve de transparence et de pédagogie ? Le travail du communicant de crise n’est pas un travail occulte, clandestin, honteux. Le communicant de crise n’est ni un clerc que son client suit aveuglément, ni un manipulateur chargé d’instrumentaliser l’opinion publique.

    Face à une tourmente médiatique, se faire accompagner est un signe de responsabilité

    Quel est le rôle du conseil en communication de crise ? Cette question, les journalistes de la presse judiciaire et d’information générale ne se la posent pas. Ils savent qu’un bon communicant judiciaire leur assure une disponibilité permanente, soir, week-end et vacances comprises. Ils savent qu’ils obtiendront, dans le délai imparti par leur rédaction, des réponses précises, justes juridiquement tout en étant compréhensibles par le grand public. Ils apprécient aussi de disposer d’un relais efficace et fiable auprès du client et de ses avocats, qui eux ne peuvent répondre aux centaines de sollicitations médiatiques. Dans les crises d’ampleur, ce sont ainsi en quelques heures, et peut-être pendant plusieurs mois, des dizaines d’appels quotidiens de journalistes, venant parfois du monde entier auxquels il faut donner suite. Ce sont aussi des milliers de retombées presse (reportages télé ou radio, articles de presse papier ou web, tweets, blogs, tribunes…) à recenser et à analyser. Ce sont enfin des erreurs et approximations à corriger, des incompréhensions à lever, des rumeurs à démentir, des mensonges et tentatives de manipulations à dénoncer.

    Préparer les messages pour informer la presse et l’opinion publique

    Sur le fond, le rôle du communicant n’est pas d’instrumentaliser la presse – cette accusation est peu flatteuse pour les journalistes – ni d’influer sur le cours de la justice – cette prétention révèle une méconnaissance totale de l’office des juges. Le communicant judiciaire a en revanche pour mission, à partir de la stratégie de défense élaborée par les avocats, de préparer les messages pour répondre aux sollicitations des journalistes et informer l’opinion publique. Ces messages doivent permettre d’exposer, dans des termes simples et compréhensibles par tous, le point de vue de la défense sur la procédure et notamment sa genèse, ses développements, ses enjeux. Ils mettent par ailleurs en valeur les moyens de défense et le contexte de la situation.

    Décliner une stratégie de communication au service de la stratégie de défense

    Enfin, le plus sensible est d’élaborer et d’adapter en permanence une stratégie de communication, en parfaite coordination avec les avocats et le client. Qui s’exprime ? L’avocat, le client ou un porte-parole ? Comment ? En off pour un décryptage ? Ou plus directement par le biais d’un communiqué, d’une conférence de presse, d’une interview écrite ou audiovisuelle ? À quel moment ? Une prise de parole en pleine crise est-elle audible, le message va-t-il être compris ou au contraire est-il préférable d’attendre que la pression se soit atténuée ? À toutes ces questions, il n’existe pas de réponse type. Chaque situation doit être analysée au cas par cas, pour définir la stratégie la plus adaptée. Cette stratégie doit par ailleurs évoluer au fil du temps, en fonction du calendrier judiciaire et médiatique.

    Le communicant judiciaire n’est pas un gourou

    Contrairement aux fantasmes véhiculés par certains, le communicant judiciaire n’est pas un gourou auquel s’abandonnent le patron, le ministre, le philosophe, le prélat, l’artiste ou l’avocat. Ces derniers n’ont pas construit leur vie personnelle et professionnelle en attendant qu’un spécialiste de la communication de crise vienne leur dicter le « message » à délivrer. La sincérité, la spontanéité sont des facteurs de réussite d’une communication de crise. On se souvient d’ailleurs de cas où des communicants ont rédigé des « éléments de langage » déconnectés de la personnalité réelle de leur client, client qu’ils ont ensuite fait répéter tel un acteur. Le résultat a sonné faux et a produit un effet désastreux. Tenter de décrédibiliser toute prise de parole d’une personne mise en cause en l’accusant de n’être que des « éléments de langage préparés par les communicants » est donc ridicule et revient à nier aux individus tout droit à se défendre publiquement. Lorsque l’on choisit de médiatiser son combat judiciaire contre une personnalité ou une entreprise, respecter le droit à la partie adverse de se défendre par le biais de ses avocats sur le terrain judiciaire et de ses communicants sur le terrain médiatique devrait finalement être la moindre des dignités.

    [1] En 2016, Centre d’essai clinique Rennais Biotrial, cardinal Philippe Barbarin…

    Guillaume Didier
    Magistrat en disponibilité, associé Vae Solis Corporate

    Texte intialement paru dans l’édition 2017 de 365°, le news tank de Vae Solis Corporate


    Voir aussi…
    Nouveaux leaders et vieilles ficelles, par Jawad Khatib et Ghislain de Franqueville, 365° – édition 2017
    Au revoir Présidents : entre comédie et tragédie, deux styles pour une inéluctable sortie, par Dorothée Duron-Rivron et Clothilde Mbock Mbock, 365° – édition 2017
    Back to basics, par Arnaud Dupui-Castérès, 365° – édition 2017

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