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    18sept2017
    L’avocat et le conseil en communication : entretien avec Patrick Klugman

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    Patrick Klugman est avocat et adjoint à la Maire de Paris ; Guillaume Didier est magistrat en disponibilité et directeur associé chez Vae Solis Corporate.

    Photo : Grinal Klugman Aumont et Associés

    Jessica Lefébure : Comment expliquez-vous le développement de la communication judiciaire ?

    Guillaume Didier : La Justice est quotidiennement au cœur de l’actualité. Face à cet intérêt croissant des médias et de l’opinion publique pour les affaires judiciaires, les professionnels du droit et de la communication ont dû s’adapter.

    Patrick Klugman : De nombreux avocats sont d’excellents communicants. Pour autant, la communication est un métier à part entière. Lorsqu’un avocat est plongé dans le cœur du dossier, il a souvent besoin d’un expert pour affiner et mettre en œuvre la stratégie de communication.

    Qu’est-ce qui distingue la communication judiciaire des autres communications (corporate, financière, de crise) ?

    GD : La communication judiciaire est une communication de crise très particulière. En effet, si on s’adresse évidemment à l’opinion publique et à son environnement, on ne doit pas oublier qu’on s’adresse aussi à ses juges ! La stratégie de communication doit avant tout servir la stratégie de défense des avocats. Elle nécessite une très grande mesure : il vaut mieux donner l’impression de perdre à court terme une bataille de la communication pour gagner à long terme et définitivement sur le terrain judiciaire.

    Quand estimez-vous qu’un de vos dossiers doit faire l’objet d’un accompagnement en communication judiciaire ?

    PK : Dès qu’un dossier comporte un élément susceptible de susciter l’intérêt des médias, j’intègre la dimension communication dans ma stratégie de défense. Le temps médiatique s’est considérablement accéléré ces dernières années, le temps judiciaire quant à lui est resté très long. Dans une affaire sensible, la communication doit être gérée par des spécialistes, l’avocat se concentrant sur le fond et coordonnant l’ensemble des actions dans l’intérêt du client.

    Quel est le rôle du communicant dans une procédure judiciaire ?

    GD : Son rôle est d’expliquer à l’opinion publique, via les journalistes, la position du client, qu’il soit mis en cause ou victime mais aussi la stratégie de défense de l’avocat. Il s’agit d’exposer en termes simples et compréhensibles par tous, mais toujours juridiquement exacts, une procédure judiciaire complexe et souvent méconnue du grand public. L’objectif n’est surtout pas de travestir la vérité, mais de présenter au mieux, avec pédagogie et sans jamais mentir, les arguments de notre client.

    Comment arrivez-vous à coordonner stratégie de défense et stratégie de communication ?

    PK : Travailler main dans la main avec les communicants est indispensable : il ne peut y avoir aucune distorsion entre stratégie de communication et stratégie judiciaire. Au final, c’est l’avocat et le client qui devront s’expliquer à la barre du tribunal et parfois répondre des années plus tard d’une phrase d’un communiqué de presse ou d’une interview.

    Pensez-vous que la communication judiciaire influence le juge ?

    GD : Un bon communicant judicaire ne peut avoir cette prétention. S’il est évident qu’il vaut mieux arriver devant le juge avec une bonne presse qu’une mauvaise presse, c’est avant tout l’avocat qui obtient le résultat devant la juridiction. En revanche, pour une entreprise comme pour un particulier, les enjeux en termes d’image et de réputation sont majeurs. Au-delà des conséquences directes de la décision de justice, une communication mal maîtrisée peut être très dommageable.

    En tant qu’avocat, vous considérez-vous comme le porte-parole de votre client dans les médias ?

    PK : Dans le cadre d’une procédure judiciaire, l’avocat est le porte-parole naturel de son client pour répondre aux sollicitations médiatiques. Je pense qu’il faut dans la mesure du possible protéger le client et réserver au maximum sa parole pour le juge. Et si une intervention dans la presse du client se révèle indispensable, il faut qu’elle soit rare pour être forte. La Justice se rend dans les tribunaux, pas dans les médias.

    Etre un professionnel du droit est-il un atout dans votre rôle de conseiller en communication judiciaire ?

    GD : Le pôle communication judiciaire de Vae Solis est animé par Dorothée Duron-Rivron, associée et avocate de formation, et par moi-même. Connaître le fonctionnement de la Justice de l’intérieur, côté avocat et coté magistrat, du cabinet du juge d’instruction à l’audience devant la juridiction est évidemment précieux. Cela permet de définir la meilleure stratégie de communication sans jamais empiéter sur les prérogatives des avocats ni prendre le risque d’agacer les magistrats.

    Les avocats ont un statut, une déontologie et un conseil de l’Ordre, pas les conseillers en communication. Comment arrivez-vous à travailler ensemble dans ces conditions ?

    PK : Je reconnais un bon conseiller en communication à celui qui est soucieux du secret professionnel, de la discrétion et de la prudence, et qui connait et respecte les contours de nos champs d’intervention respectifs.

    Entretien mené par Jessica Lefébure, Consultante senior
    Texte intialement paru dans l’édition 2016 de 365°, le news tank de Vae Solis Corporate



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