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Billet d'humeur

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26 juillet 2010

Twitter n'est pas jouer ! Les politiques s'emparent du 2.0

Depuis plusieurs mois, on observe un phénomène nouveau, les hommes et femmes politiques twittent de plus en plus et ne sont plus étrangers au Web 2.0.

En effet, le microblogging se développe dans les enceintes des institutions et il n’est plus rare de lire en temps réel des commentaires amusés, ironiques ou critiques de certains députés rodés aux nouvelles technologies lors des réunions de commissions ou d’auditions parlementaires.

Ainsi, Lionel Tardy député (UMP) de Haute-Savoie se faisait récemment le relais des auditions de Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF et Raymond Domenech, futur ex-sélectionneur de l’équipe de France. Une opération remarquée par les médias valant à Lionel Tardy un coup de projecteur auprès du grand public mais également un rappel à l’ordre pour avoir relayé des commentaires faits dans le cadre d’un huis clos.

Les récents débats sur la réforme des retraites étaient également l’occasion pour plusieurs députés de twitter sur les débats de la Commission des Affaires Sociales malgré le huis clos demandé. Gaëtan Gorce, député (PS) de la Nièvre, revendiquait d’ailleurs ce droit à la transparence avec un compte créé il y a seulement trois jours et possédant déjà plus de 1 000 abonnés.

Le phénomène prend donc aujourd’hui de l’ampleur, et il devient fréquent de voir un parlementaire chroniquer sur son fil twitter telle proposition de loi, ou telle réunion en commission, avec des propos le plus souvent relayés par les médias assurant à son auteur une visibilité « facile et pas chère ».

Cette nouvelle génération de parlementaires, a donc parfaitement compris l’intérêt d’une utilisation régulière de twitter avec, d’une part, une médiatisation bienvenue pour des députés en mal de visibilité, mais surtout la constitution d’un réseau avec un groupe d’abonnés qui suit quotidiennement les messages postés sur twitter, et surtout qui pourra servir de relais et de force mobilisable lors des prochaines échéances électorales.

Ne nous y trompons pas, il s’agit là plus que d’un simple phénomène de mode : l’utilisation de twitter, et au-delà de l’ensemble des réseaux sociaux, est aujourd’hui indispensable pour tout bon politique désireux de se faire connaître et de créer un buzz autour de lui.

Quel impact aura ce phénomène sur le rôle des médias plus traditionnels et sur le fonctionnement de nos institutions ?

Concernant l’évolution médiatique, il semble pour le moment que la presse traditionnelle conserve son rôle d’intermédiaire entre les politiques et les citoyens, avec la reprise des commentaires dans les éditions quotidiennes. C’est d’ailleurs ce traitement médiatique plus large qui est recherché par les politiques, utilisant twitter comme un fil AFP personnel repris ensuite dans les médias grand public.

On peut cependant se demander si un post de 140 commentaires peut s’assimiler à de l’information et s’il s’agit là d’une réelle avancée pour une démocratie transparente et éclairée ?

L’utilisation de twitter pose également la question de l’évolution de nos institutions et de l’espace privé au sein du pouvoir législatif. Assiste-t-on à une déviance mettant à mal les débats parlementaires et la règle du huis clos, ou bien est-ce un nouvel outil de transparence et de démocratie ?



Sur ce sujet, il semble que deux camps s’affrontent aujourd’hui au sein de l’hémicycle, avec les pro-twitter, comme Gaëtan Gorce, Lionel Tardy ou Jean-Marc Ayrault, et les anti comme Pierre Méhaignerie, député d’Ille-et-Vilaine. Devant l’ampleur de la polémique, le président de l’Assemblée Bernard Accoyer a décidé de saisir le bureau de l’Assemblée pour trancher cette question et fixer des règles d’utilisation.

Si, comme le rappelle le sociologue Dominique Wolton, « il n'y a pas d'espace public sans espace privé », les nouveaux moyens de communication sont aujourd’hui une réalité, dont les politiques ont saisi les enjeux et la portée et qui pourraient, à terme, changer le fonctionnement de nos institutions. La question mérite d’être posée : les politiques sont-ils des communicants comme les autres ?

09 juillet 2010

Incompréhensible ! la communication de crise de l'Elysée...

Cigares, location d'un jet privé lors d'un voyage aux Antilles et obtention illégale d'un permis de construire auront coûté à Christian Blanc et Alain Joyandet leur place au gouvernement. Les démissions surprises, dimanche 4 juillet, du Secrétaire d’Etat pour la Coopération et de celui du Grand Paris défrayent la chronique depuis le début de la semaine sur un fond d’affaire Woerth-Bettencourt loin d’être étouffée.

« Utilisations abusives des deniers publics », ces comportements avaient été à plusieurs reprises qualifiés « d’inadmissibles » par Matignon. Le Président Nicolas Sarkozy avait lui aussi confié son irritation aux députés UMP. « Lynchage » pour Christian Blanc, cette péripétie n’en demeure pas moins généralement perçue par les relais d’opinion et l’opposition comme « un contre-feu », « un moyen de détourner l’attention, de calmer le jeu, de faire baisser la pression » sur un Ministre du Travail et trésorier de l’UMP accusé d’avoir un conflit d’intérêt majeur entre ses fonctions et l’activité professionnelle de sa femme.

Démissions justifiées ou non, la communication autour de leur annonce serait-elle susceptible de porter préjudice à Eric Woerth ? Trop tard. L’Elysée aurait gagné à sanctionner ces comportements abusifs immédiatement après leurs révélations, évitant ainsi le développement de toute polémique et offrant au Président l’occasion médiatique de se présenter comme attentif à la morale publique. La passivité de l’exécutif lui fait perdre le contrôle du calendrier et de la crise. Le chef de l’Etat se voit, avec ces deux démissions, privé d’un rôle que les Français attendaient de lui.

Trop tôt. Mauvais timing également quand on considère l’annonce faite par l’Elysée, quelques jours auparavant, d’un remaniement ministériel prévu pour l’automne prochain. Si la situation devient alors intenable pour les deux secrétaires d’Etat, affaiblis dans leur autorité face à une administration ou des partenaires qui supputent qu’ils quitteront le gouvernement à la rentrée, ces départs trahissent clairement une confusion au sein de l’exécutif et risquent de donner à ceux qui souhaitent le départ d’Eric Woerth plus de force et de détermination.

Cette erreur souligne à quel point, dans une gestion de crise, l’immédiateté de la réaction est cruciale comme l’est la capacité à rester Maître des horloges. Mais l’exécutif n’en reste pas là. Il soutient son ministre sous prétexte de sauver la réformer des retraites ! Choix stratégiques hasardeux ! D’abord parce que la réforme des retraites peut parfaitement se faire sans Woerth. Ensuite, que fera le gouvernement si Woerth est obligé de démissionner ? Il aura tout seul fait et refermé le piège de l’échec !

16 juin 2010

La manipulation 2.0 : un exemple éloquent

Le 3 juin 2010, l'internaute "Professeur Kuing Yamang", diffusait sur le site de vidéos en streaming Youtube une courte interview au titre évocateur : Cours d'économie du Vénérable Professeur Kuing Yamang - Le Professeur nous parle de l’Europe. La vidéo, d’une durée de 4m 28, prend la forme d’une interview, censée avoir été diffusée sur la chaîne nationale chinoise CCTV, tournée en chinois elle est sous-titrée en français. Elle évoque la situation économique européenne et notamment celle de la France. On y trouve pêle-mêle une critique de notre modèle social, le fait que les européens ne travaillent pas assez, une remise en cause du régime des fonctionnaires ou encore le surendettement endémique des pays européens. A ce jour, la vidéo a déjà été visionnée prés de 250 000 fois.

A en juger par les nombreux commentaires postés sur cette vidéo et les réactions d’observateurs avertis interrogés, le document est perçu comme une véritable interview. Or, ce programme est vraiment un gag ; une fausse interview ! La traduction française n’a aucun rapport avec ce que dit le soi-disant Professeur Kuing Yamang (dont le nom est d’ailleurs plus Breton que Chinois), qui est en réalité Wu Jianmin, l’ancien ambassadeur de Chine en France.

Sur le Net les réactions sont partagées et deux camps s’opposent. D’un coté, ceux qui considèrent ce diagnostic comme « dur mais vrai », « pessimiste mais évocateur »… et, d’autre part, ceux qui dénoncent les Chinois donneurs de leçons (beaucoup plus nombreux) et vivent très mal la remise en cause du modèle européen et français.

Au-delà d’une nouvelle plaisanterie et d’un énième détournement d’identité, cette vidéo et son mode de diffusion posent questions. En effet, en détournant l’identité d’un ambassadeur qualifié (sans doute pas encore au courant) pour aborder la question de la situation économique française, il y a la volonté évidente de ne pas être uniquement sur le registre humoristique Ce constat est d’ailleurs renforcé par le second point. En effet, sur les douze premiers jours de diffusion, les commentaires les plus polémiques sont les seuls autorisés et ceux dénonçant la supercherie ont tous été bloqués, confirmant ainsi la volonté d’influencer plus que de faire rire.

Le mercredi 16 juin, Youtube a bloqué l’option « commentaires », repérant sans doute un début de polémique généré par ce mystérieux internaute.

Cet épisode démontre une nouvelle fois que la question de la crédibilité des médias évoqués par l’institut Pew en novembre 2009 demeure encore largement défavorable aux médias internet comparé aux médias traditionnels. Le second enseignement que l’on peut tirer de ce buzz concerne la gestion des commentaires sur les sites de partage de vidéos en ligne. La modération pouvant être opérée par l’émetteur de contenu et par les administrateurs du site, la valeur des commentaires perd tout son sens.

En effet, la transformation profonde des modes de diffusion de l’information implique la prise en compte par les acteurs économiques et politique du besoin de mettre en place une réelle stratégie d’information sur Internet, au risque de ne pas pouvoir réagir lors d’une crise.


http://www.youtube.com/watch?v=DMKb9A6Kouk

10 juin 2010

A lire dans Le Monde - Il faut ranimer la flamme franco-allemande par Antoine Boulay, Mathieu Collet (Vae Solis) et Roland Dumas

LE MONDE DU 10 JUIN 2010

Il faut ranimer la flamme franco-allemande

Roland Dumas, Antoine Boulay et Mathieu Collet

Dans les circonstances critiques que nous vivons, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer une plus grande coordination économique européenne. Le vide créé par le manque de cohésion entre la France et l'Allemagne laisse cependant ces voix se perdre dans une cacophonie destructrice, chacun y allant de sa proposition.

Que de temps perdu alors que les outils de coordination et les contours d'un gouvernement économique existent depuis longtemps déjà ! En effet, dès la genèse de Maastricht, le cadre préalable à un gouvernement économique de ce qui devait devenir la zone euro avait été posé par les gouvernements sur la base d'un accord franco-allemand. Revenir sur les conditions de préparation et d'adoption de l'accord et du traité de Maastricht peut aider à répondre aux exigences du temps présent. Il n'aura échappé à personne que le traité de Maastricht a établi les fondements de la monnaie unique et de la politique monétaire commune. La négociation du traité s'était certes focalisée sur la monnaie compte tenu de la charge symbolique et des sacrifices considérables que cela impliquait pour l'Allemagne. Mais Pierre Bérégovoy, alors premier ministre français, avait tenu à recentrer les débats au sein du conseil des ministres sur le sujet du gouvernement économique. Il était très ferme à ce sujet : la monnaie ne pourrait pas tenir sans politique économique commune.

C'est ainsi que les articles 102 à 109 du traité, sous le titre "la politique économique", ont été rédigés et adoptés. Avant même la fixation précise des critères de convergence censés instaurer une discipline commune, il s'agissait de créer un effet d'entraînement qui mènerait à un fédéralisme économique et pas seulement monétaire. Nous nous situions dans la droite ligne de la méthode Monnet : des réalisations concrètes devaient entraîner des solidarités de fait.

Le traité était on ne peut plus clair : "Les Etats membres considèrent leurs politiques économiques comme une question d'intérêt commun et les coordonnent au sein du Conseil". Et celui-ci d'instaurer des mécanismes de surveillance multilatérale et de règles de discipline financières et budgétaires. La lecture de l'article 103 est éclairante : "lorsqu'il est constaté (...) que les politiques économiques d'un Etat membre ne sont pas conformes aux grandes orientations (de la Communauté) ou qu'elles risquent de compromettre le bon fonctionnement de l'Union économique et monétaire, le Conseil, statuant à la majorité qualifiée sur recommandation de la Commission, peut adresser les recommandations nécessaires à l'Etat membre concerné (et)décider de rendre publiques ses recommandations".

En d'autres termes, l'attitude non coopérative d'un Etat membre pouvait être dénoncée sur la base d'une décision prise à la majorité de ses partenaires. Le Conseil et la Commission devaient en outre rendre compte de la mise en oeuvre de cette coordination devant le Parlement européen. Pendant de nombreuses années, ce système préfigurant un gouvernement économique a fonctionné correctement. L'adoption ultérieure des quatre critères dits de Maastricht, avec pour symbole la barre indépassable des 3 % de déficit public, aussi discutables soient-ils, en a été une illustration. Or l'effet d'entraînement attendu ne se sera pas poursuivi.

De nombreux facteurs peuvent expliquer le délitement de cette ambition fédérale, qu'il s'agisse des élargissements qui ont suivi ou de l'impact des opinions publiques nationales. Mais il est un élément fondamental, premier, pour comprendre ces avancées et leur absence de suite : le concret des relations entre la France et l'Allemagne. A l'époque de Maastricht, parler de "couple" franco-allemand, c'était désigner des personnes de chair et d'os, qui se parlaient et se voyaient sans cesse avec la conscience de vivre des moments uniques dans l'histoire de l'Europe. Tout cela n'était possible que dans le cadre d'une collaboration constante. Concrètement, les contacts entre les ministres des affaires étrangères de l'Allemagne et de la France étaient hebdomadaires, voire bihebdomadaires. Au moins une fois par semaine, Hans-Dietrich Genscher téléphonait le matin au ministère et proposait de déjeuner ensemble ce jour-là. De Bonn, il n'hésitait pas à prendre l'avion pour arriver à la mi-journée. Les deux ministres se retiraient dans le bureau du rez-de-chaussée du Quai d'Orsay et partageaient un repas, sans conseillers - ce qui mettait ces derniers dans l'angoisse... De leur côté, ces conseillers étaient en contact permanent et souvent hors des cadres formels. Et, tous les dimanches, un point téléphonique avait lieu pour faire le tour de l'actualité des deux pays, et de l'Europe. Au fil de ces rencontres se forgeaient de réelles amitiés, et au-delà, un "esprit de compromis" et de travail en commun. C'était l'esprit de Maastricht.

Si des contacts de ce type avaient perduré, ils auraient sans aucun doute permis de concrétiser les implications politiques des mécanismes du traité, qui relevaient pour nous de la nécessité absolue. L'écart entre les points de vue allemand et français est aujourd'hui tellement grand que les deux pays ne sont même plus capables de s'entendre sur les mots. Ainsi, quand la France parle d'un gouvernement économique européen reposant sur des politiques économiques et budgétaires communes, l'Allemagne tient à une notion de "gouvernance économique" qui limiterait la coopération à des règles et une discipline partagées. L'urgence est donc aujourd'hui d'abord de reconstituer le couple franco-allemand. Nos dirigeants, nos ministres, et en premier lieu Bernard Kouchner et Guido Westerwelle doivent réapprendre à se connaître, à se voir toutes les semaines.

Voilà quelle devrait être notre première règle de discipline commune. C'est à la condition de cette compréhension mutuelle, voire de cette intimité "politique", que la dissonance entre nos pays cessera. Entre la France et l'Allemagne, entre Mitterrand et Kohl, entre leurs ministres des affaires étrangères, il existait cet atout impalpable et sans prix : la confiance. En économie, on sait combien elle est fondamentale.

  • Roland Dumas est avocat, ancien ministre des affaires étrangères, ancien président du Conseil constitutionnel ;
  • Antoine Boulay est directeur associé de Vae Solis Corporate ;
  • Mathieu Collet est président d'Euros du Village.

24 février 2010

Lady Gaga, Paul Gauguin, internautes Gogos : des mass-médias aux marques-médias !

Bien plus qu'un lieu d'information ou de débat sérieux, le web 2.0 se révèle être, au mieux, une chambre d’écho de l’actualité « off line », au pire un collecteur de rumeurs et de fausses nouvelles. Le débat public a donc toujours lieu dans les media traditionnels, mais ceux-ci sont en évolution permanente. Seule la marque media permettra, en ligne comme hors ligne, de garantir et de créer l’information. Le métier constituant à créer et à entretenir de bonnes relations avec les media pour les dirigeants, soit dit en passant, a donc encore de beaux jours devant lui…

Le site de partage de vidéos en ligne « Daily Motion » a révélé récemment quelles avaient été les contenus les plus vus en 2009. Le palmarès est éloquent : un clip de Lady Gaga, la chanteuse néo-psychédélique, un sketchman habillé comme un des frères Mario, les personnages du jeu vidéo de Nintendo, qui se balade en kart dans sa ville comme dans une gameboy, au mépris du code de la route et en est très fier, et le clip « Make the girl Dance », tourné dans le quartier de Montorgueil à Paris, sur une musique fade mais avec des jeunes femmes aux formes avantageuses totalement dénudées… En fait de web 2.0 comme espace démocratique, c’est le règne du n’importe quoi, du vain, du primaire.

Entendons-nous bien : personne n’est contre une bonne tranche de rire (et de formes avantageuses) de temps à autre ! Mais quand des internautes post-pubères expliquent à longueur de journée, en ligne et hors ligne, « tweet et re-tweet » (sic), que le web est le nouveau lieu où se crée l’information et le débat démocratique, ça donne plutôt à rire, justement !

Le Pew Research Center, le fameux think tank américain, ne dit pas autre chose dans son étude parue en janvier dernier. Les conclusions en sont sans appel : « la presse généraliste, sur le papier ou sur ses sites web, publie 48% des informations nouvelles. Les journaux spécialisés 13%, les télévisions locales 28%, la radio 7% et les nouveaux média (blogs, sites, twitter) 4% ». (Le Monde du 16 janvier 2010). L’étude de trois chercheurs francophones, Franck Rebillard, Emmanuel Marty et Nikos Smyrnaios, menée en 2008, arrivait à des conclusions comparables, puisque 80% des contenus en ligne portent selon eux sur 20% des sujets. Le web, chambre d’échos.

Un événement récent de la webosphère vient pourtant, en apparence, faire voler en éclat cette position : le succès, au-delà de toute espérance, du canular du site times.ro !

Ce site parodique roumain, dans le genre du fameux journal New-Yorkais The Onion, a affirmé qu’un contingent de troupes roumaines avaient débarqué à Tahiti, en croyant venir soulager les victimes du tremblement de terre ! « L’information » a fait la une des media lettons, russes, hongrois ou italiens alors qu’elle était, évidemment, totalement fantaisiste. Le nombre de connexions sur times.ro a sextuplé, passant de 4.000 à 25.000 par jours. Le plus drôle est que Courrier International a résumé un article de presse roumain sur le sujet en expliquant clairement l’aspect comique de l’affaire… et que Canal + (l’Edition Spéciale) a repris cet article un peu vite en présentant l’expédition roumano-vahiné comme authentique ! Times.ro a eu beau jeu de réagir immédiatement en indiquant que Canal + avait dû être informé par son correspondant à Papeete, Paul Gauguin, qui a été le témoin oculaire du débarquement des forces roumaines. LOL, pourrait-on dire… Le Monde du 24 février explique toute l’affaire en détail.

Les études de nos universitaires francophones et du Pew Research Center sont donc doublement démenties ici : d’une part, c’est bien un site internet qui a créé l’information, fût-elle fausse, et d’autre part, ce sont des médias traditionnels qui l’ont reprise, sans vérification, sans faire leur travail de médias, justement… 

…A moins que, précisément, ce canular réussi du site roumain de l’internaute Ionut Foltea ne soit l’exception qui confirme la règle. Expliquons-nous : une particularité de ce site parodique (outre l’inventivité de son animateur) est de s’être accaparé une marque non protégée au pied des Carpates. « Times.ro », en effet, n’a aucun lien avec le so british Times, ni avec le sophistiqué New York Times. Mais times.ro, cela fait sérieux !

Immense espace vierge, jungle néo-médiatique, internet réhabilite évidemment la fonction de garantie et d’orientation de la marque.

Le succès de times.ro démontre donc bien, paradoxalement, que les media traditionnels, structurés en services thématiques, avec des journalistes experts, sont appelés à demeurer les premiers découvreurs et émetteurs d’informations authentiques, pour autant qu’ils fassent bien leur travail. Oui, ce sont bien eux qu’il s’agit de traiter quand on est une entreprise, une association, une personnalité publique, si l’on entend participer au débat public. Sans doute, certains émetteurs d’information sur le web deviennent-ils eux aussi des « marques-médias ».

Il convient alors de les traiter pour ce qu’ils sont en fait : des médias, tout simplement, à convaincre et à informer, avec qui débattre, pour qu’ils puissent à leur tour informer l’opinion. Au passage, il n’est pas bon d’être seul (Vae Solis !) pour aller à leur rencontre, et gérer les médias, quels qu’ils soient, passe toujours par l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie d’information adaptée. Etre un spécialiste de Lady Gaga ou des Mario Bros y aide sans doute moins que disposer d’une solide culture générale et qu’être un lecteur assidu de la presse…

09 février 2010

Combien de Français en France ? Ce n'est pas l'INSEE qui nous le dira

La population de la France était estimée au 1er janvier 2010 à 64,7 millions d'habitants, comptant 346.000 personnes supplémentaires depuis un an, soit une petite progression de 0,5%. C’est ce qu’annonçaient en boucle tous les titres de presse le 19 janvier dernier, reprenant les informations de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques).

Le lecteur avisé alla donc vérifier ces chiffres sur le site de l’INSEE. Et là, quelle ne fut pas sa surprise en s’apercevant que cette nouvelle (après tout, le recensement en continu est une nouveauté de taille) n’apparaissait pas sur la page d’accueil du site officiel. Et une navigation approfondie n’arrangeait rien à l’affaire. En fouillant, on y trouve les chiffres par département ou région (à l’internaute de faire ses calculs pour obtenir la population française dans son ensemble), des chiffres des recensements précédents cachés dans une sous-rubrique, des tableaux excel obscurs expliquant (à peu près) la méthodologie… Mais rien sur cette information essentielle, pas un encart dédié, pas une animation flash qui attire immédiatement l’internaute, rien.

L’INSEE commet là une erreur stratégique. Quelle valeur donner à des chiffres « officiels », lorsqu’on ne les trouve nulle part sur le site où ils devraient apparaître ? Quelle confiance accorder à un institut, qui, en ne respectant aucune des sacro-saintes règles du web, nuit à sa crédibilité, et à sa visibilité ?

Un site doit premièrement présenter et mettre en valeur un produit, ou une information : le nombre de Français par exemple, ce pour quoi le grand public connaît l’INSEE ! Un graphisme adapté est toujours agréable… La navigation dans le site doit se faire de manière intuitive, une bonne réflexion est donc à prévoir sur papier auparavant pour établir le plan du site (quelles sont les rubriques, comment organiser l'information, où inclure le moteur de recherche interne...). Cela aussi, les web designers de l’INSEE semblent l’avoir oublié. Un bon référencement est la base de la visibilité : lorsqu’on tape sur Google, au hasard, « nombre de français en France », l’INSEE n’apparaît même pas sur la première page de résultats. Si l’on tape « population française », il arrive en quatrième position, avec les résultats du recensement de …2004 !

Être présent sur la toile est devenu un véritable enjeu, que ce soit pour les institutions ou les entreprises. Le Web procure une vitrine, de la visibilité, mais pas seulement. C’est devenu le réflexe informatif numéro un d’une majeure partie des Français. Lorsque son rôle est de délivrer cette information, une entreprise, une institution, ne doit pas - ne peut pas- négliger un tel medium.

26 janvier 2010

Salaire des patrons : vers le populisme ?

Une tribune d'Arnaud Dupui-Castérès publiée dans les Echos du 19/01/2010

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18 janvier 2010

GRIPPE AH1N1 : tout à été dit... ou presque !

Tout a été dit sur la gestion de la pandémie grippale AH1N1. Enfin presque tout. Deux sujets méritent qu’on y revienne :

- Le rôle des experts

- La mise en place du plan pandémie.

  • Le rôle des experts :

Globalement les experts ont été très alarmistes. De l’OMS aux experts français on nous annonçait une pandémie foudroyante. Tout en nous disant que l’on ne savait pas grand-chose sur ce nouveau virus. D’où les mesures extrêmes mises en place en Europe et en particulier en France. Le principe de précaution étant devenu le paradigme de la gestion des risques il était urgent et obligatoire de mettre le paquet. Cette réaction des « experts » est compréhensible mais désolante. Quand on ne connaît pas une maladie ou un agent pathogène, la première des choses à faire est d’observer. Claude Bernard l’a clairement dit et écrit dans une méthode que personne ne remet en cause dans le monde scientifique.

Or qu’a-t-on pu observer ? Que dans l’hémisphère Sud, qui a été touché lors de l’hiver austral, cette pandémie était loin d’être catastrophique alors qu’il s’agit de pays moins développés et que, bien sûr, il n’existait pas de vaccin. A tel point que les caméras thermiques mises en place à l’aéroport de Sydney ont détecté 3 ou 4 hyperthermies par mois !... Certes il y a eu quelques décès mais beaucoup moins que lors d’une épidémie saisonnière.Qu’on ne nous dise donc pas que c’est facile de raconter l’histoire après. On pouvait parfaitement raconter l’histoire pendant l’été (hiver austral) c'est-à-dire avant notre hiver.

Deuxième argument des « experts » : le virus peut muter. Certes mais tous les virus mutent en permanence sans forcément avoir de graves conséquences. D’ailleurs nos « experts » de dire : « Même si le virus mute il restera sensible au vaccin ! ». Dernier argument : une deuxième vague de pandémie nous menace, bien plus forte que la première. Sauf, qu’on n’a rien vu de tel dans l’hémisphère Sud et qu’en plus de 30 ans d’observation de la grippe on ne l’a jamais constaté. Une fois de plus, il suffisait d’observer. Cela aurait permis de faire quelques économies.

  • La mise en place du plan pandémie :

Ce plan pandémie existe depuis plusieurs années (grippe aviaire) et est régulièrement mis à jour par les différents ministères concernés. En ce qui concerne la grippe AH1N1 l’OMS était passé dès la fin de l’été en phase 6 c'est-à-dire, pour faire simple, au maximum de l’alerte. La France, plus raisonnable était restée en phase 5. Sauf que, poussé par les experts, le ministère de la Santé a mis en place un plan de « guerre ». Dans ce cadre, c’est le ministère de l’intérieur qui, selon le plan pandémique national, prend la main. On a vu le résultat : silence radio du ministre et désorganisation totale de la vaccination.

6 millions de français ont fait une grippe apparente. Des études récentes montrent que 80 % des infections par ce virus ont été inapparentes. Ce qui signifie qu’au moins 30 millions de français sont immunisés contre cette grippe, sans compter les plus âgés qui ont connu la vague de 1957. Au total on peut penser que désormais la grande majorité des français est immunisée.

Rappelons qu’au mieux 5 millions de français ont été vaccinés. Que nombre d’entre eux n’ont toujours pas reçu de bulletin de vaccination, à tel point que la ministre de la Santé a déclaré que l’on pouvait se faire vacciner sans ce sésame.

Enfin dernier couac de la vaccination, les médecins généralistes, stupidement écartés dans un premier temps (la France, là aussi, s’est singularisée), ont été appelés à la rescousse. Sauf qu’on ne sait pas comment leur distribuer les vaccins qui sont dans les centres de vaccination…

Changement d’instruction, changement de modalités… Les Français n’ont rien compris… si ce n’est peut être que la ministre voulait se protéger elle-même !

  • Et l’avenir ?

Il n’est pas pour autant rassurant. La France a sur les bras des millions de doses dont elle ne sait que faire. Elle négocie avec les fabricants une « remise de peine ». Cela veut dire que l’on va s’engager à leur acheter du vaccin pendant des années. Ce vaccin sera-t-il efficace l’année prochaine ?

Cette pandémie redoutable a fait moins de 300 morts. C’est regrettable mais c’est infiniment moins que les 5000 décès annuels de la grippe saisonnière. A ce jour les mesures mises en place ont coûté au moins trois fois le budget du plan cancer sur 4 ans !

Le principe de précaution inscrit dans la Constitution précise que quand un risque n’est pas connu il convient de mettre en place des actions préventives… pour un coût raisonnable. Est-ce le cas ?

Docteur Jean-Louis Malvy

30 décembre 2009

Crise et climat : comment un risque peut en cacher un autre

L'actualité nous offre parfois des concommittances qui ne s'inventent pas ! Deux événements survenus en décembre se sont diamétralement opposés : au plan mondial, nous avons suivi des semaines durant la prépaparation du sommet de Copenhague puis son échec, quand au plan national, une vague de froid s’annonçait. La mobilisation sur les risques du réchauffement climatique nous fait progressivement oublier que l’hiver… il fait toujours froid ! Que les températures peuvent approcher zéro degré - voire être négatives - et que c’est bien à un risque immédiat de climat froid que nous avons à faire face !

On s’indigne que les Etats n’aient pas réussi à trouver un accord minimum pour « ralentir le réchauffement climatique » et en parallèle on rouspète contre la neige, le verglas, le froid mais surtout contre l’Etat imprévoyant ! Les routes enneigées et les plaques de verglas désorientent, les avions ne décollent pas ou sont en retard : aussitôt l’opinion râle, les media dénoncent. Nous sommes proches de la crise.

Mais le principal risque auquel les Français étaient exposés était la rupture électrique, le « black out » de cette énergie si précieuse ; il faut des conditions météorologiques rigoureuses ou des situations particulières pour se souvenir que l’électricité est indispensable à notre vie quotidienne, que c’est même une question de survie. Imaginez un foyer sans lumière, sans eau chaude, sans chauffage, sans four, évidemment sans internet et sans télévision pour passer le temps… c’est tout simplement inconcevable, invivable !

RTE avait prévenu, dès l’automne, que la France serait obligée d’importer de l’électricité. Nous n’avons pas de pétrole certes, mais nous n’avons également plus assez d’électricité (d’origine nucléaire et hydraulique) pour être autosuffisants. Le froid de l’hiver 2009 nous rappelle combien il est nécessaire, voire indispensable, d’investir dans notre approvisionnement en énergie et plus particulièrement en électricité.

On notera au passage que la communication du transporteur d’électricité a parfaitement respecté 3 règles de bases de la communication de crise : l’anticipation, la transparence et la mobilisation. Elle a commencé très en amont par de la pédagogie : simplement en rappelant qu’il ferait froid en hiver (!) et, sur le mode de la transparence, en annonçant les risques, leurs causes et les moyens d’y faire face, notamment dans deux régions sensibles : la Bretagne et Provence Alpes Cote d’Azur. Si le risque de délestage était réel, on ne pourra pas dire que l’opinion publique, les media et les pouvoirs publics n’avaient pas été prévenus.

Mais le plus important est que la direction de RTE a aussi fait un travail de sensibilisation aux nécessaires économies d’énergie, rappelant ainsi des gestes simples et citoyens quant aux températures dans les foyers ou aux éclairages publics. Elle s’est ensuite mobilisée pour parer au mieux et assurer au final une continuité quasi parfaite du service.

L’opinion publique ne supporte plus les contre temps, les aléas, l’imprévu, le désagrément : c’est la « japonisation » des esprits et des comportements. Pour que l’Etat, les services publics et les entreprises ne s’exposent pas à des crises récurrentes dues aux mécontentements de l’opinion publique, l’anticipation, la transparence et la pédagogie ont ici fait la preuve de leur efficacité.

RTE a parfaitement communiqué et géré le risque climatique. Mais elle s’expose de fait à un nouveau risque : celui d’une moindre mobilisation de la puissance publique. Il faut espérer que sa bonne gestion de la situation n’aura pas comme conséquence paradoxale, de freiner les pouvoirs publics et l’opinion en faveur de l’investissement dans la production d’énergie, tant il est de plus en plus vrai que seuls les incidents, les polémiques, les crises, incitent à l’initiative et à la décision publique.

11 septembre 2009

Hortefeux : la double faute

Depuis jeudi 10 septembre à 17h, la polémique enfle et se propage à une vitesse déconcertante. La mise en ligne sur le site Internet du Monde de la vidéo montrant Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur, aux universités d’été de l’UMP à Seignosse (le 5 septembre 2009) a lancé l’affaire.

Le Ministre est entouré de militants et de responsables politiques et tous échangent des propos sur le mode de la dérision et de la galéjade. Mais très vite un militant UMP, Amine, fait les frais de blagues de mauvais goût : « Il parle arabe, lui », « il mange du cochon et il boit de la bière » dit une femme. Et c’est là que le Ministre de l’Intérieur dérape : "Il ne correspond pas du tout au prototype" avant d'ajouter : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."

Si on peut reconnaître dans ces phrases des mauvaises blagues que beaucoup de français peuvent tenir un samedi entre amis, il faut bien admettre que les mêmes propos prononcés par un Ministre de l’Intérieur posent problème. La charge de Ministre impose des contraintes et des obligations ; elle suppose de respecter des règles essentielles, notamment en matière de communication. Et la première de ces règles est la qualité et le statut de l’émetteur ! Un ministre qui dit cela confère aux propos un sens qui n’est pas le même que celui de Monsieur Lambda ! C’est donc une faute professionnelle.

La seconde faute réside dans la réaction à la polémique et à la crise naissante – comme souvent dans le cas d’une crise, c’est sa gestion qui en fait une crise médiatique et d’opinion !

Le service de presse du Ministère publie un communiqué dans lequel il « dénonce une vaine et ridicule tentative de polémique ». Selon le texte, la phrase de Brice Hortefeux fait « référence aux très nombreux clichés qu'il venait de prendre avec la délégation auvergnate ». Le communiqué précise que « pas un seul mot de Brice Hortefeux ne fait référence à une origine ethnique supposée d'un jeune militant ».

Si l’on peut saluer l’extrême réactivité du service de presse du Ministre (c’est d’ailleurs le signe que la situation n’est pas si anodine qu’on veut nous le faire croire), l’argument fait fi du contexte où le militant d’origine maghrébine est bien au centre de la conversation, où il est précisé « qu’il parle arabe », « qu’il mange du cochon et qu’il boit de la bière » et enfin, par le Ministre lui-même, qu’il « ne correspond pas du tout au prototype » . A l’évidence, il est difficile de croire qu’il évoque ici le « prototype » auvergnat !

Le problème de cette ligne de défense est qu’elle ne peut pas être perçue comme crédible par l’opinion publique et qu’elle aura même tendance à être interprétée comme une indifférence coupable. Une argumentation ne peut pas donner l’impression de prendre les gens pour des idiots au risque qu’ils aient le sentiment qu’on insulte leur intelligence. D’autres réactions auraient été possibles !

Et voir la mobilisation immédiate des ténors du gouvernement affichant les uns les autres leur indignation face à une telle opération dite de déstabilisation… on peut s’interroger sur leur capacité empathique à entendre l’indignation et la déstabilisation de l’opinion !

Les heures qui viennent montreront si la gestion de ce dérapage en fera une crise médiatique majeure pour le Gouvernement – similaire à celle qui valu à un Préfet d’être sanctionné par le Ministre de l’Intérieur. C’est d’ailleurs là le troisième écueil possible : même cause, conséquence différenciée ; si bien formulé par Jean de La Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

07 septembre 2009

Apple réinvente la communication de crise

Bercé tout au long de l'été par les crises sanitaires et économiques, on aura sans doute oublié un peu vite celle qu'a connue le groupe Apple à la fin du mois d’août. Boulimiques de crises, les médias français se sont goinfrés de la rocambolesque histoire des écrans d’Iphone français qui explosent.

Petit rappel des faits : le 12 août dernier, un jeune garçon s’est rendu célèbre pour avoir été le premier à constaté un bris de glace au niveau de l’écran du téléphone de sa petite amie. Dès le lendemain, les baigneurs de la Méditerranée découvrent en Une de La Provence la « victime ». Dès lors, à mesure que les médias s’emparent du sujet, d’autres cas sont repérés. LCI, France 3, France 5 et l’ensemble de la presse s’est emballé pour… 10 Iphones prétendument défaillants voire dangereux. Chiffre à mettre en regard des 26 millions d’unités vendues dans le monde dont 1, 2 en France !

Face à une telle crise médiatique, Bruxelles et la DGCCRF décident de mener l’enquête et Hervé Novelli de recevoir le directeur commercial d’Apple en France. Le communiqué de presse pour le moins succinct publié par Apple sept jours après le premier incident reste très vague sur ce « petit nombre d’incidents » et devant les demandes des journalistes Apple s’est confiné dans un mutisme presque dérangeant. Enfin, et c’est ici presque anecdotique, les enquêtes sont en passe de démontrer qu’il n’existe pas de risque à posséder un Iphone.

L’enseignement le plus frappant de cette crise a été l’absence de réactivité de la part de l’entreprise alors même que son blockbuster était directement mis en cause dans tous les médias français. Entre le 12 août et la rencontre avec le Secrétaire d’Etat Novelli le 28, Apple n’a pas semblé dérangée outre mesure… Pourtant, même en été, sept jours c’est une éternité dans un contexte de crise !

Deuxième enseignement, quand une entreprise est mise en cause sur un produit connu ou de grande consommation, les responsables politiques ne tardent pas à s’emparer du sujet. Ce n’est pas de l’opportunisme mais c’est pour répondre à l’attente de l’opinion publique. Pourquoi Apple a-t-elle jugé inutile de se mobiliser, d’elle-même ? Pourquoi attendre la contrainte politique ?

Troisième enseignement, la renommée et l’influence de la marque Apple est telle que ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui ont fait rempart face aux attaques des médias.

Face à la couverture médiatique traditionnelle, les fans d’Apple ont répondu blogs, comment et communication Web 2.0. Cette digue a tenu et soutenu le groupe pendant cette crise mais les manquements évidents de l’entreprise font craindre d’autres risques, malgré l’incroyable soutien dont bénéficie Apple en France et dans le monde (entreprise la plus attractive selon l’étude TNS Sofres de 2008 conduite auprès des étudiants en école de commerce et en écoles d’ingénieurs)

En refusant de communiquer sur l’histoire des Iphones français (rares cas en Belgique et en Angleterre), Apple a démontré qu’une marque mondiale et terriblement emblématique pouvait se défendre sans agir. Quand elle est menacée, une entreprise qui dispose de fortes valeurs peut compter sur une armada de consommateurs prêts à partir en croisade pour sauver la marque ; leur marque.

Aussi déconcertante que la communication du groupe puisse paraître, on est en mesure de se demander si Apple n’a pas délibérément choisi de laisser la blogosphère se démener seule, confirmant ainsi que le secret est érigée en valeur d’entreprise chez Apple. Si c’est le cas, Steve Jobs vient de donner à Clausewitz une belle leçon de stratégie : la meilleure défense n’est plus l’attaque ! Mais est-ce que cette stratégie tiendra lors de prochaines batailles ?

03 juin 2009

Ce n'est pas de publicité dont la politique a besoin... réponse à JS, MB, SF & Co 

Communiquer ne se résume pas à faire de la publicité n'en déplaise aux publicitaires d'hier, nostalgiques des années 80, où l’on se proposait de vendre aux Français un homme, une équipe, un projet, des idées, comme on vendait une savonnette !

Là aussi le système a changé. Là aussi des évolutions sont à l’œuvre. Là aussi l’opinion a mûri. Là aussi l’environnement n’est plus le même. Certes la publicité a son efficacité et son utilité. Mais elle ne peut pas être proposée comme LA solution à la désaffection de l’opinion. Il se peut au contraire qu’elle y contribue, creusant un peu plus le fossé de la relation entre gouvernants et gouvernés. Faisant des uns des « personnages » lissés et des autres de simples observateurs réduit à leur rôle de consommateurs.

Il est dangereux d’associer ou de vouloir limiter la communication à la publicité. Comme il est dangereux de vouloir limiter l’exercice de communication des politiques à une campagne publicitaire.

Les Français et la Politique méritent mieux qu’un message simpliste et une offre réduite au minimum : les formats publicitaires ne sont pas compatibles avec la complexité et la subtilité de « l’offre » politique. Non le marché des idées et de la gestion de la maison « France » n’est pas un marché comme les autres ! Et non la démarche politique ne peut pas gagner à être caricaturée en affiche de publicité.

Ce dont a besoin la politique c’est de communication au sens premier et complet du terme. Ce dont a besoin la politique c’est de mettre en commun, de partager… une vision, des valeurs, des propositions. Ce dont a besoin la politique, c’est sur le fond, d’information et de propositions ; et sur la forme, d’une incarnation et d’une relation. La publicité ne permet ni vraiment l’un, et seulement à moitié l’autre.

Nous l’avons mesuré très récemment (dans une récente étude sur la communication des personnalités politique Française1) : ceux qui réduisent leur stratégie de communication à des « coups » sans fond, qui multiplient le « people/paillette », qui misent plus sur la forme que sur le fond sont assez vite sanctionnés. La visibilité est importante mais elle n’a de sens que parce qu’elle permet de diffuser largement et lisiblement un contenu.

Ce dont a besoin la politique en général et la démocratie en particulier c’est de fond, de débat, public et médiatique. Pourquoi n’a-t-on pas vu fleurir les émissions politiques sur l’Europe, aux heures de grande écoute, dans des formats accessibles et pédagogiques, au moins sur nos services publics ?

Ce dont a besoin la politique c’est aussi de porte voix et d’engagement des uns et des autres. Certains diront que la tribune à 2 voix du Président Sarkozy et de la Chancelière Merkel constitue un coup de communication. Ils ont raison. Mais c’est un bon « coup », au sens où il respecte l’enjeu et ses interlocuteurs en leur livrant une analyse, une vision et une incarnation de ce qu’est et doit être l’Europe. Des messages et des images, des symboles tirés du réel et non pas factices : en son temps, la poignée de main Kohl-Mitterrand a fait bien plus pour donner du sens à l’Europe que toutes les campagnes de promotion.

Les stratégies marketing ou publicitaires fonctionnent sur un rapport quantitatif (évaluant l’efficacité du dispositif au « coût au contact » ou « GRP » (pour Groth rating point) qui mesure la couverture moyenne sur une cible donnée), quand les approches dites « hors média », comprenez où l’espace ne s’achètent pas, qu’il s’agisse des relations presse ou de l’internet par exemple, misent sur une couverture de l’opinion, certes plus aléatoire (quoi que l’on dispose d’outils d’évaluation et de mesure assez précis aussi) plus qualitatives et basées sur la conviction, l’argumentation (vs l’affirmation).

Qu’en est-il du ROI ou RSI en version française ? A comparer les 2 approches, il n’est pas certain que la différence sur la fin justifie les moyens investis. Quel crédit porte le lecteur d’une pleine page publicitaire achetée à prix d’or dans un quotidien national, quand il a pu lire juste avant et dans ce même quotidien un article de fond ? Qu’en reste-t-il au final ? Quel est l’impact sur le public ? Sans même parler d’appliquer une mesure d’ "équivalent achat d’espace" pour mesurer, comparer la seule visibilité de l’article comparativement à ce qu’aurait couté l’achat d’une publicité. Incomparable ! Les logiques et les investissements sont très différents.

A l’heure où nos systèmes s’interrogent et se refondent, conscients de leurs risques et de leurs limites, il est étonnant que des spécialistes de l’opinion ne prennent pas la mesure des changements à l’œuvre, appelant par facilité ou intérêt, à reproduire des schémas vieux de plus de 20 ans.

Le monde change. Et avec lui, les opinions publiques. Plus critiques, plus exigeantes, plus éclairées, plus émancipées, plus volatiles aussi… le marketing politique en vogue dans les années 80 a vécu. La communication politique doit aussi pouvoir se réinventer.

1 – La communication de la classe politique : qui sont les meilleurs communicants ? Étude exclusive Vae Solis Corporate – Mai 2009

18 mai 2009

Europe malade cherche spin doctor... Une analyse d'Antoine Boulay à lire dans La Tribune - 18 mai

ll faut rêver d'Europe. Tout y incite. A l'extérieur : la crise mondiale et ses conséquences, le renforcement continu de la Chine, l’inévitable perte d’influence de nos alliés américains, le retour des protectionnismes. A l’intérieur : l’euroscepticisme, la montée en puissance des populismes, le manque d’adhésion au projet européen de certains nouveaux pays. L’abstention aux futures élections risque d’atteindre des records. A 33% de participation seulement en moyenne selon les projections actuelles, qui pourra dire que les peuples soutiennent la construction européenne ?

Le rêve, en politique, surtout sur un objet si complexe, est rarement un produit naturel : il ne se décrète pas, il se travaille. Dans les grandes démocraties, c’est le rôle du « spin », de la communication politique. Le spin, c’est l’effet donné à une balle de tennis ou à une toupie. Le « spin doctor » donne au débat le bon « tour » littéralement. Comment donner le bon tour au débat sur l’Europe ?

L’Union en tant que telle n’a aucune stratégie de communication politique au niveau de chaque pays membre. La Commission ou le Parlement ne se donnent pas les moyens de participer aux débats politiques nationaux sur le sujet européen. Le Président de la Commission n’est pas doté d’une équipe de communication politique propre. Pas étonnant dans ce cas que les égoïsmes nationaux l’emportent le plus souvent dans l’occupation de l’espace médiatique. La dernière présidence française a pu agacer de ce point de vue, mais c’est bien un débat politique européen qu’a essayé de créer le Président de la République. Et quand, à nouveau, une part d’Europe semble en quelque sorte parler d’une seule voix par la bouche de la Chancelière allemande et du Président Français au G20, le cœur et l’esprit de millions d’Européens s’éveillent d’un espoir nouveau. Comment, donc, faire rêver d’Europe ? C’est très simple : il faut innover. Radicalement.

Les innovations pourraient certes concerner l’élection elle-même. Une idée volontairement iconoclaste aurait au moins le mérite de créer le débat : les électeurs qui se sont mobilisés davantage pourraient par exemple bénéficier d’une « prime démocratique ». Un pays ayant droit à 60 députés en enverrait à coup sûr 45, les 15 restants étant soumis au taux de participation. Un taux de 50%, et ce seraient seulement 52 députés qui représenteraient le pays en question à Bruxelles et Strasbourg… On objectera que cette réforme n’est pas constitutionnelle, qu’elle présenterait des difficultés inextricables de mise en œuvre. Mais le simple fait d’évoquer sa possibilité serait déjà un acte politique fort : la première controverse politique proprement européenne ! Autre idée neuve en France quoique déjà connue et déjà appliquée en Autriche ou au Royaume-Uni, passer du scrutin de liste au scrutin majoritaire sur des circonscriptions territoriales plus proches : rapprocher l’Europe des populations nécessite qu’elle soit incarnée par des figures politiques locales de poids. A l’évidence cependant, ces mesures, difficiles en elles-mêmes, ne pourraient cependant s’appliquer aux prochaines élections, trop rapprochées.
Plus frappantes encore, et immédiatement praticables, certaines initiatives s’imposent dès maintenant. D’abord et avant tout, les chefs d’Etats et de gouvernement doivent tenir des meetings communs dans les grandes capitales européennes, retransmis en direct à la radio, à la télévision et sur Internet, pour appeler solennellement les électeurs européens à voter. Et il ne s’agit pas seulement de réunions France-Allemagne comme c’est déjà prévu. Imaginons Gordon Brown, Jose-Luis Zapatero, Angela Merkel, Gordon Bajnai (Hongrie) et Nicolas Sarkozy, ensemble, à la tribune. L’espoir européen s’incarnerait enfin et soulèverait un enthousiasme totalement nouveau. De Londres à Varsovie, de Stockholm à Rome, de Madrid à Berlin, de Budapest à Lisbonne, ces « Meetings pour l’Europe » feraient date comme une rupture dans la communication politique de l’Union pays par pays.

Autre impératif à court terme : créer de vraies représentations permanentes de l’Union dans les Pays Membres, au lieu des antennes sans poids du Parlement et de la Commission. Pour ce faire, pas d’évolution institutionnelle notable, mais une révolution dans le recrutement, tout simplement : les pays membres regorgent d’anciennes personnalités politiques incontestables. Alain Juppé ou Hubert Védrine en France, Joshka Fisher en Allemagne, Pedro Solbes en Espagne etc. pourraient tous assumer cette fonction de « misi dominici » de l’Union et, au-delà des sujets techniques, défendre ses couleurs dans chaque arène politique nationale. Comment se plaindre que l’Europe ne soit pas entendue si elle n’a pas de voix ?

La Commission pourrait également convoquer régulièrement des Assises des Parlements d’Europe, regroupant l’ensemble des Chambres nationales et le Parlement Européen lui-même, pour avancer par exemple sur la question institutionnelle, les droits civiques, la réflexion prospective, etc. Là aussi, l’image symbolique de 20.000 parlementaires de tout le continent rassemblés permettrait une meilleure appropriation par les populations de l’Objet Politique Non Identifié qu’est l’Union, comme disait Jacques Delors.

Il faut en finir avec les délégations réduites et les débats d’antichambres : l’Europe a besoin de communication, de symboles, de rites, de cérémonies, de spectacle et de célébrations démocratiques, osons-le mot. Sans quoi c’est bien le spectacle de nos divisions et de nos démons nationaux qui l’emporteront durablement dans le cœur des Européens.

Si les dirigeants nationaux sont sincères quand ils s’inquiètent du risque de faible participation aux élections européennes, il est temps qu’ils mouillent leurs chemises, qu’ils prennent des risques, et qu’ils innovent… La communication politique, dans ce qu’elle a de plus noble, revient à incarner la démocratie contre tous les populismes. Bien sûr, les mauvais génies de George Bush et de Tony Blair, Karl Rove et Alastair Campbell, ont jeté le discrédit sur la figure du spin doctor… Mais une personnalité plus positive, celle de David Axelrod, créateur du « Yes we can" de Barack Obama, redore le blason de la discipline ! Il y a bon et mauvais spin, tout simplement. Il est temps, en Europe aussi, que le spin se mette au service du rêve… et permette le changement.

Antoine Boulay, Directeur Associé de Vae Solis Corporate

www.latribune.fr/opinions/20090518trib000377445/europe-malade-cherche-spin-doctor.html

13 février 2009

La réputation de la marque Kouchner

Bernard Kouchner est un communicant hors pair ! On n'est pas dans le Top 3 des personnalités politiques préférées des français, et surtout on ne le reste pas depuis des années sans raison. Choix du positionnement des « bons sentiments », professionnel de la mise en scène, orateur brillant, personnalité sympathique, il avait tout bon… jusque récemment, où il nous surprend. Retours sur ses erreurs… de débutant !

Première « bourde », sa sortie sur le secrétariat d’état aux droits de l’homme, sur le fond : les droits de l’Homme ne sont pas compatibles avec la diplomatie !! (hiatus avec ce qu’il s’évertue de prouver depuis 40 ans) ; et sur la forme : la goujaterie est toujours sanctionnée. Réponse immédiate de l’opinion : Rama Yade lui ravit la première place du classement dans le cœur des Français !

Deuxième épisode fâcheux : les attaques livrées par Pierre Péan.

Plus dangereuse pour sa réputation, elles visent à abîmer / décrédibiliser la marque « Kouchner ». Dans cette situation, il y a trois principes clés à respecter : devenir le maître du tempo ; ciseler son argumentation ; jouer les alliés

Sur le premier point, il a perdu la bataille puisqu’il a été dans une logique de réaction et non d’anticipation. Il a laissé filer les rumeurs sur internet, il a laissé Marianne éditer les bonnes pages et trois jours après tous les media parleront du livre de Pierre Péan. Il court derrière les « révélations » et perd la bataille du temps. Bernard Kouchner a commis une erreur d’une banalité affligeante : ne pas reconnaître / admettre qu’il avait un point faible avec cette histoire de mission de conseil (la question n’est pas de savoir si c’est répréhensible ou pas, nous n’en savons rien, mais de comprendre que cela peut être interprété de manière très défavorable). Or, s’il avait été lucide, il aurait pu anticiper et communiquer en amont sur ce sujet, ce qui est très différent que de devoir faire face à un « scoop ».

Sur le second point, son argumentation est très faible (et c’est peu que de le dire !). Elle s’appuie essentiellement sur trois points :

  • « Je suis bénévole depuis 40 ans, comment peut-on me reprocher cela ? » Il faudra qu’il nous explique comment il peut alors habiter dans l’une des rues les plus chères de Paris et disposer d’une somptueuse villa dans le parc protégé et ultra chic de Spérone en Corse. Son train de vie n’est pas réellement compatible avec le bénévolat.
  • « Dans cette attaque dont je suis la victime, il y a des relents antisémites très marqués ». C’est un peu « l’ultime-argument-quand-je-n’ai-rien-à-dire » que je trouve dangereux et grave d’utiliser à mauvais escient, mais franchement rien dans le livre ne peut sérieusement accréditer cette affirmation et encore moins dans le parcours de l’auteur !
  • « Tout cela n’est qu’un tissu de mensonges », posture qui expose toujours à devoir progressivement admettre tel ou tel point des « révélations », ce qui est la pire des choses dans une ligne de défense.

C’est d’autant plus curieux que la ligne de défense de Nicolas Sarkozy lors de son intervention télé du jeudi 5 février était pour le coup d’une grande finesse et d’une grande efficacité.

Sur le troisième point, « faire jouer les alliés », la marque « Kouchner » en a de très nombreux. Ils sont anciens et puissants et l’effet rempart joue pleinement. Le travail de longue haleine sert formidablement lorsque la marque est attaquée. Cette carte là est essentielle ; elle permet de contre-balancer l’impact des « révélations » ; d’en atténuer l’effet (de nombreux journalistes affirment que le Nouvel Observateur a refusé de publier les bonnes pages du livre de Pierre Péan). Dans le cas présent, la force des alliés, sera la seule raison qui pourra expliquer le maintien de Bernard Kouchner à son poste de ministre, si tel est le cas. Sans ces alliés, le Président de la République ne pourrait pas tenir très longtemps sur sa ligne actuelle, comme son prédécesseur a finalement dû lâcher Hervé Gaymard dont les alliés et soutiens étaient bien faibles.

Aujourd’hui, le risque est que le livre de Pierre Péan ait ouvert une boîte de pandore et que d’autres « révélations » ne surgissent. C’est généralement l’une des conséquences prévisibles de ce type de crise. Alors est-ce que le ministre continuera de courir derrière ou arrivera-t-il à maîtriser le fond et la forme ?

11 février 2009

Le dommage de « l'angoisse » ou la victoire de l'effet nocebo !

La boucle est bouclée ! L'irrationnel a pris le dessus depuis bien longtemps, les inquiétudes sont plus fortes que l’espérance d’un avenir meilleur. L’arrêt du 4 février rendu par la Cour d’appel de Versailles décidant le démontage d’une antenne relais dans le Rhône marque la fin d’un cycle entamé dans les années 80. Un cycle pervers que les nombreuses crises des deux dernières décennies ont intensifié : la défiance des autorités, la méfiance à l’égard des innovations, l’émergence d’acteurs nouveaux et sur-légitimés (les associations), le développement de la responsabilité sans faute, l’inquiétude toujours plus grande face à l’avenir, la prédominance des peurs, la constitutionnalisation du principe de précaution, renversement de la charge de la preuve etc.

L’enchaînement est parfait et aujourd’hui la Justice condamne une entreprise à payer des dommages et intérêts en raison du « sentiment d’angoisse ressenti Â» ; les plaignants sont dans une « crainte légitime, puisqu’ils ne peuvent se voir garantir une absence de risque sanitaire Â» !! « Ils précisent que si la réalisation du risque est hypothétique, la certitude de son existence, qui s’apprécie à la lumière de la controverse scientifique, suffit à créer un préjudice moral réparable chez la victime. Â» !!!

Si cette décision n’était pas absurde et grave, elle serait probablement le gag de l’année. Jusqu’où peut aller l’application du principe qui préside à cette décision ? Comment peut-on imaginer une justice qui se déconnecte autant de la raison, de la rationalité, de l’objectivité ? Quand les enfants attaqueront-ils en justice leurs mères ? Peut-on s’attendre à des «’class action’ Â» contre les media pour « sentiment d’angoisse ressentie Â» lors des innombrables catastrophes traitées dans les journaux télévisés ?

Sur l’objet de la décision, qui revient à considérer que les antennes-relais peuvent présenter un risque sanitaire, nous nous interrogeons sur la légitimité d’une association locale et d’une Cour d’appel sur leur capacité à avoir un avis sanitaire et s’affranchir de l’autorité scientifique ? Ce sujet mobilise des milliers de chercheurs dans le monde depuis des années et leurs nombreuses études ont montré qu’il n’y avait pas en l’état actuel des connaissances scientifiques de dangers pour la santé humaine. Bien évidement, les études scientifiques ne peuvent pas afficher des certitudes en disant : « il n’y a et il n’y aura jamais aucun risque sanitaire », pour la bonne et simple raison que la science ne peut jamais montrer qu’il n’y a aucun risque sanitaire. Elle peut montrer que l’usage ou l’exposition à un produit ou une onde n’ont pas d’effets dangereux sur la santé humaine. Des antennes de télécommunications bien plus puissantes existent depuis plus d’un demi-siècle sans avoir jamais suscité le moindre débat.

Sur le principe de la décision, qui érige l’angoisse - engendrée par des rumeurs, des inquiétudes, le militantisme actif d’opposants, le tapage médiatique de quelques associations - en douleur réparée, c’est une concrétisation sans fondement du principe de précaution.

Triste victoire qui donne un tour absurde à un principe important ; en le poussant à l’extrême c’est sa validité et la question de sa compatibilité avec la vie réelle qui est posée.

Est-ce le rôle de la justice de faire fi de l’état des connaissances scientifiques et de faire valoir les intérêts particuliers de quelques uns, de riverains (dont on sait que parfois ils ne recouvrent pas exactement les motifs publics de leur combat, voire même des intérêts avouables !) en reconnaissant un préjudice d’angoisse ? Non, bien sûr ! La dérive de la Cour d’Appel est ici stupéfiante et inquiétante, tant ses fondements sont ridicules et ses conséquences sont graves.

Heureusement qu’il y a suffisamment d’antennes-relais en France mais partout où elles seront démontées émergeront des « zones blanches Â» ; des zones où nos téléphones mobiles de passeront pas. Il faudra alors attendre que ceux qui n’ont rien d’autres qu’un téléphone mobile, que la famille d’une personne décédée parce que les secours n’auront pas pu être prévenus, que tout les utilisateurs frustrés du téléphone mobile se constituent en association pour réclamer à cors et à cris l’installation d’antenne-relais et mettent en place une class action pour « non assistance à personne en danger ».

Attention donc à l’extension du principe de précaution poussée à l’absurde par la Cour d’Appel de Versailles ! Il peut s’appliquer à de nombreuses situations et activités pour peu qu’elles aient les ingrédients nécessaires. L’effet nocebo (l’inverse de l’effet placebo) est une réalité qu’il faut prendre en considération ; il doit être traité par la pédagogie et par l’information et non par des sanctions judiciaires.

Seuls les pouvoirs publics et les plus hautes instances scientifiques indépendantes peuvent être crédibles dans ce travail pédagogique. Et ce, à un niveau national mais aussi international. La discrétion, pour ne pas dire plus, des autorités sanitaires françaises laisse le débat s’installer sur de fausses bases. Ce sont pourtant ces autorités qui édictent la réglementation et assurent la protection (sanitaire) de chaque citoyen.

10 février 2009

De la gêne née d'un raccourci

Le mardi 20 janvier 2009 restera marquée dans les esprits. L'investiture de Barack Obama, suivie par tous, était un moment historique. Parce que c'est le premier Président des Etats-Unis noir ?Certainement. Parce que les Etats-Unis auront toujours le don de nous surprendre ? Sans nul doute.

Si les commentateurs du monde entier ont glosé sur une prestation de serment erronée, les téléspectateurs français, eux, auront retenu le commentaire du journaliste de TF1, Jean Claude Narcy, lors de l’interprétation de l’hymne national par Aretha Franklin : "vous avez vu comme elle a interprété ça ! On devait chanter comme ça dans les champs de coton, dans le temps…" Rama Yade, présente à ses côtés, a eu la délicatesse de rectifier l’assertion en précisant que l’on chantait de cette façon dans les églises américaines.

Déjà remarqué pour différentes interventions douteuses (on se souviendra longtemps de ses commentaires lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football de 1998 avec son compère Charles Villeneuve), Jean-Claude Narcy a ici fait une remarque que d’aucuns pourraient qualifier de raciste. La Ligue des Droits de l'Homme l'avait d’ailleurs immédiatement pointé du doigt et évoqué un dérapage, tandis que le CRAN affirmait que « les remarques de ce genre ne grandissent pas ceux qui les font ».

Afin de se justifier, le journaliste a déclaré dans les colonnes du Parisien : « c’est la surprise, énorme, pour moi cette polémique. Mes deux fils, eux, ont été blessés, contrariés. Ils savent que je leur ai appris la diversité, le respect, je leur ai fait lire « la Case de l’oncle Tom », comme à mes petits-enfants. J’ai une culture littéraire américaine qui est à l’opposé complet de ces idées de racisme. Quand je parle des champs de coton, c’est comme quand Obama lui-même évoque l’époque où son père n’aurait pas été servi, ici en Amérique, dans un restaurant… Ce sont des références historiques. Je croyais être dans la tonalité de cette cérémonie." Il le croyait…Loin de l’excuser, sa justification ne fait que l’enfoncer. La case de l’oncle Tom ? Et pourquoi ne pas citer « Autant en emporte le vent » comme film de chevet ?

Jean-Claude Narcy devrait peut-être mettre en pratique un principe que l’on enseigne en média-training  et à l’école primaire : préparer ses interventions, ou «tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler » !

26 décembre 2008

Presse - Une initiative salutaire

Il n'est pas courant que les media prenne une initiative les remettant en cause. Elle est ici salutaire. La Tribune du 24 décembre a décidé d’éditer son numéro du jour sans jamais utiliser le mot "crise", après un pic d’occurrence de 984 fois (!!) en octobre 2008.

Evidement un quotidien d’information relate l’actualité. Et il n'aura échappé à personne que la finance traverse une crise immense. Le directeur de la rédaction, Erik Izraelewicz reconnaît que les media ont joué, dans une certaine mesure, un rôle d’amplificateur et d’accélérateur en souhaitant que le même effet joue lorsque les bonnes nouvelles arriveront.

Espérons que cela ne soit un vœu pieux ! Les bonnes nouvelles dans les journaux sont rares. Et en creusant un peu, nous aurions pu en lire quelques unes ces dernières semaines. Si cela n’a pas été le cas, la raison en est simple : informer, c’est intéresser. C’est donc aux entreprises de réussir à intéresser les lecteurs, et les journalistes, y compris sur les « bonnes nouvelles » les concernant… La confiance ne se décrète pas, elle se gagne.

Mais surtout, cette initiative doit aussi permettre de souligner une vérité première, en matière de communication de crise. Si parler de la crise, peut concrétiser ou aggraver une crise, cela ne veut surtout pas dire qu’il ne faille pas en parler. Enfouir la tête dans le sable est souvent la meilleure manière de s’enliser…

La bonne solution est comme souvent dans la recherche de l’équilibre et dans l’anticipation. En parler trop ou ne pas en parler finalement cela revient au même. Il faut savoir aborder les crises comme une donnée probable et réaliste, savoir s’y préparer pour y faire face et surtout savoir les expliquer.

En tous cas, si La Tribune persiste dans cette résolution en 2009, elle y gagnera des lecteurs, et une confiance toujours plus grande des acteurs économiques.

08 octobre 2008

Avocat & Communicant : mariage de raison

Justice et communication deux mondes qui s'ignorent ? Il n'en est rien.

Et l'actualité ne cesse de le démontrer. Ces deux mondes que tout semblait opposer se retrouvent de plus en plus main dans la main sur un terrain commun : la gestion de la réputation. Ainsi, quand Jérôme Kerviel entend changer de stratégie de défense, il change certes d’avocat… mais aussi de conseiller en communication. 

On le sait, la médiatisation de la justice, des mises en examen, procès et autres procédures, est en cela « fatale » qu’elle porte toujours atteinte à l’image et à la réputation… invariablement destructrice, plus ou moins tenace, et quel qu’en soit le verdict. La justice passe et laisse des traces.

Si les stratégies de défense judiciaire se sont doublées de stratégie de défense médiatique c’est que la sanction des tribunaux ne vaut pas sanction de l’opinion. Les avocats l’ont bien compris. Leurs clients aussi.

La tendance atteint son paroxysme avec l’affaire de la Société Générale et de son trader « délinquant ». Livré par sa direction comme LE coupable les ressources humaines du groupe le présentent comme « un être fragile », « sans génie particulier », traversant des « difficultés familiales ». Le PDG Daniel Bouton peine à le qualifier lors d’une interview : « cet escroc, ce fraudeur, ce terroriste, je ne sais pas »… la traque médiatique est lancée.

Très vite, l'avocate du Trader organise la contre-offensive. Objectif : réhabiliter son client ! Elle se fait accompagner d’un conseiller en communication (qui le fait savoir), pour orchestrer un retournement de tendance. Dénoncer les accusations de fuite, changer l’image de « délinquant trafiquant » en jeune trader respectable et séduisant… Témoignage et photos soignées à l’appui, l’opération fonctionne. L’opinion et les médias basculent, la direction de la banque s’ébranle, les responsabilités, les mises en cause et licenciements se multiplient. L’opinion change de camp et Kerviel, devenu « bouc-émissaire », suscite même l’empathie et la fascination. Sur le web notamment, où fleurissent des groupes de soutien, des forums de discussion, un fan club, la vente d’objets dérivés à sa « marque »… Bouton trinque, Kerviel se revend.

Son nom opère aujourd’hui comme une marque et l’on ne s’étonne pas de lire dans les revues spécialisées que le trader change de la même manière d’avocat comme de conseiller en communication. Au-delà de l’affaire Kerviel, la tendance de fond est bien là. Communicants et avocats travaillent de plus en plus de concert à la protection ou à la restauration de l’image de leurs clients, qu’ils soient des individus en vue ou des personnes morales.

06 octobre 2008

Crise financière (2) : la dernière digue

La Crise dure ! Elle est d'une ampleur phénoménale. Elle est un phénomène stupéfiant ! Personne ne l’a vu arriver avec cette force et cette brutalité. Personne ne la maîtrise, ne la contrôle, ni même ne l’oriente.

Ne revenons pas sur ce que chacun sait. Les banques ne se font plus confiance du tout ; les prêts interbancaires ne dépassent pas la journée. Les Banques centrales injectent des liquidités par dizaines de milliards d’euros chaque jour. Un pan entier de la finance s’est totalement effondré. Le reste se détricote rapidement.

La dernière digue qui résiste ? La confiance des citoyens qui se traduit par un comportement finalement très curieux, vraiment très surprenant et même irrationnel, puisqu’il consiste à ne pas retirer son argent des banques de détail. Pour l’instant, il n’y a pas eu de vent de panique, ni en Europe, ni bizarrement aux USA. Mais cela peut aujourd’hui arriver à tout instant. Le plan Paulson n’a pas eu l’effet escompté. Probablement, parce qu’il a fallu s’y reprendre à deux fois pour le voter et le monde entier a retenu son souffle avant le second vote.

Si la panique gagne, le monde perd. Tout s’écroulera en quelques heures ! C’est la défiance.

Alors, pourquoi la panique n’a-t-elle pas gagné les citoyens ? C’est la question clé et probablement la plus complexe de cette crise phénoménale.

Nous pourrions disserter durant des pages tant les facteurs sont nombreux, évidents ou cachés, simples et complexes et souvent contradictoires. Mais le mieux c’est de faire court.

En effet, nous pensons simplement que la panique n’a pas déjà eu lieu parce que les citoyens ne comprenaient rien à cette crise, ni ses raisons, ni ses mécanismes, ni même ses impacts. Spectateur d’un sujet d’actualité lointain et qui ne les concerne pas : Wall Street est aussi loin de l’Arizona que de l’Aveyron.

Les citoyens ont commencé d’avoir peur lorsque les responsables politiques sont sortis de leurs silences, qui était d’or. Car finalement, les citoyens se sont dit que « si on nous dit que tout va bien et que nos avoirs bancaires sont garantis, c’est qu’il y a un problème » !

Pour l’instant, la sagesse est du côté du peuple. Mieux que les financiers, mieux que les experts, mieux que les gouvernements ! Parfois, un peu d’ignorance ne nuit pas.



Mais après ce Week end, désormais à chaque instant, la panique générale peut gagner. La parole politique alerte et inquiète, les promesses ne rassurent guère. Et encore, tout le monde ne s’est pas encore aperçu que les promesses étaient simplement intenables ! La mobilisation est souvent une agitation, aveu d’impuissance réelle.

La panique a même peut être déjà commencé comme le feu en sous-bois. Lorsque la Chancelière allemande, Angela Merkel, annonce ce dimanche 5 octobre que le Gouvernement allemand garanti tous les dépôts bancaires après avoir vertement vilipendé l’Irlande la veille lors du G4 à Paris pour avoir annoncé la même mesure quelques jours auparavant. Nous sommes obligés de conclure que le vent de panique s’est levé, mais qui de l’œuf ou la poule ?

30 septembre 2008

Crise financière (1) : Game Over, les dirigeants face aux risques

Chacun commence à comprendre que la crise financière que nous traversons est sans précédent. La semaine du 15 septembre 2008 restera vraisemblablement dans les livres d’histoire comme celle où tout un système aurait pu s’effondrer. Mais la crise n’est pas finie ! Les effets et les conséquences à court terme vont encore nous surprendre, les conséquences à moyen terme pour l’économie seront réelles. Le temps de l’analyse et de la décision de réguler viendra.

Pourtant, il n’est pas nécessaire d’attendre plus longtemps pour savoir que cette crise financière nous dit beaucoup sur le comportement face aux risques des dirigeants. Les dirigeants des entreprises les plus grandes et les plus prestigieuses du monde se sont comportés finalement comme presque tout le monde.

Refus de croire à son exposition aux risques : nous sommes tous infaillibles et pourtant nous mourrons tous, il en va ainsi pour les hommes mais aussi pour les organisations. Les entreprises sont exposées à des risques quand bien même elles s’estiment intouchables, ou suffisamment importantes, compétentes, influentes, prestigieuses pour en réchapper.

Refus d’anticiper les risques : cet aveuglement dispense de tout travail d’anticipation des risques, de tout recensement exhaustif et honnête des risques que les activités d’une entreprise génèrent. La croissance est là, les résultats aussi, les parts de marché doivent être gagnées. Ne jamais prendre le temps ou mettre les moyens d’estimer et d’évaluer les risques collatéraux que la croissance crée. Le doux rêve enfantin de l’immortalité est en réalité vécu par de nombreux dirigeants d’entreprises. Il a coûté la vie à Bear Stearn, Lehman Brothers et l’indépendance à AIG, Merril Lynch, Washington Mutual et probablement demain à d’autres entreprises européennes.

Refus d’admettre ses fautes, ses erreurs, ses pertes est un syndrome bien connu. Y compris et surtout des joueurs et donc des financiers, notamment ceux dont l’activité est le jeu. Plus on perd, plus on tente de se refaire. Mais finalement lorsque des risques sont pris sans être connus ou assumés et que l’on s’en rend compte, le réflexe est souvent de poursuivre dans l’erreur. Cette crise financière a commencé en août 2007 et pour de nombreux expert du secteur elle n’était pas totalement une surprise. Mais ce n’est que 13 mois plus tard des entreprises sont mortellement touchées. Qu’ont-ils fait durant ces treize longs mois ? ! Pourquoi Lehman Brothers a obstinément refusé de trouver une solution de sauvegarde ?

Trois attitudes bien banales pour les dirigeants d’entreprise, mais qui dans un contexte difficile impliquent un « Game Over ».

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